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Mis à jour : il y a 1 année 5 mois

Décryptualité du 8 octobre 2018 - Fablab : quand la maîtrise de la technologie alimentent notre créativité et nous donne du pouvoir sur nos vies.

mar, 10/09/2018 - 00:44

Écouter ou télécharger le décryptualité du 8 octobre 2018 (15 minutes)

    Fablab, hackerspace : quand la maîtrise de la technologie alimentent notre créativité et nous donne du pouvoir sur nos vies.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Catégories: Open source

Revue de presse de l'April pour la semaine 40 de l'année 2018

lun, 10/08/2018 - 13:24

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 40

[La gazette.fr] Open data: «Le mouvement qui s'enclenche est inéluctable»

Par Romain Mazon, le vendredi 5 octobre 2018. Extrait:
> Adoptée dans la loi pour une République numérique d'octobre 2016, l'obligation d'open data par défaut pour les collectivités territoriales entre en vigueur le 7 octobre. Si le mouvement a incontestablement progressé, on reste encore loin du compte, puisque à peine 10 % des collectivités concernées ont ouvert des données. Dans les administrations de l'Etat, le résultat est aussi mitigé.
Lien vers l'article original: http://www.lagazettedescommunes.com/585196/open-data-le-mouvement-qui-senclenche-est-ineluctable-axelle-lemaire

Voir aussi:
Émission «Libre à vous!» diffusée mardi 2 octobre 2018 sur radio Cause Commune

[Les Frontaliers] Fab lab: qu'est-ce que c'est?

Par la rédaction, le mercredi 3 octobre 2018. Extrait:
> Fab Lab...Bien sûr, ça vient des États-Unis ! A quoi ça sert? Pour les artistes, bricoleurs, entrepreneurs....jeunes, vieux? Tout savoir....
Lien vers l'article original: https://www.lesfrontaliers.lu/societe/fab-lab-quest-ce-que-cest

[Techniques de l'Ingénieur] L’État explique comment se passer des GAFAM

Par Philippe Richard, le mardi 2 octobre 2018. Extrait:
> Peut-on travailler sans utiliser des outils et des plateformes des poids lourds américains? L’État répond positivement à cette question en publiant une liste de solutions alternatives.
Lien vers l'article original: https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/letat-explique-comment-se-passer-des-gafam-58573

[Le Monde.fr] La Californie réinstaure la neutralité du Net, l’Etat fédéral l’attaque en justice

Par la rédaction, le lundi 1 octobre 2018. Extrait:
> L’administration de Donald Trump a lancé des poursuites judiciaires contre l’Etat californien après que celui-ci a fait passer une loi pour rétablir ce principe.
Lien vers l'article original: https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/10/01/la-californie-retablit-la-neutralite-du-net-la-justice-poursuit_5362497_4408996.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Catégories: Open source

Entrée en vigueur de l’Open Data par principe - écoutez le podcast de l'émission de radio « Libre à vous ! »

lun, 10/08/2018 - 10:22

L'obligation pour les collectivités de plus de 3500 habitants et les administrations en général, lorsqu'elles ont plus de 50 agents, de publier en ligne leurs bases de données et les données dont la publication présentent un intérêt économique, social, sanitaire ou environnemental est entrée en vigueur dimanche 7 octobre 2018. L'occasion d'écouter ou réécouter le podcast de notre récente émission de radio consacrée aux données publiques ouvertes.

40 ans après la loi du 17 juillet 1978 dite loi CADA instaurant la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, la loi du 8 octobre 2016 pour une République numérique entend renforcer l'ouverture de l'accès aux données publiques. Laurence Comparat, présidente de l’association OpenData France a expliqué au micro de l'April : « ce qu’il faut noter, c’est que par rapport à la loi CADA dont il a été question, c’est qu’on change complètement la perspective. La logique de la loi CADA c’est : moi, individu, j’ai le droit de demander à l’administration et celle-ci a l’obligation de me répondre et elle répond à moi, individuellement. Maintenant : moi, administration j’ai l’obligation de mettre à disposition sans attendre qu’on me le demande et à tout le monde les informations dont je dispose ».

Pour comprendre les enjeux de ces nouvelles dispositions législatives, écoutez le podcast ou lisez la transcription (en cours de relecture et validation) de la cinquième émission « Libre à vous ! » de l'April sur la radio « Cause Commune » consacrée au thème des collectivités et des données publiques ouvertes. En compagnie de Xavier Berne, journaliste à Next INpact ; de Laurence Comparat, adjointe données publiques, logiciels libres et Administration générale de la ville de Grenoble et présidente de l’association OpenData France et de Tangui Morlier, membre du collectif Regards Citoyens.

Écouter le podcast

Catégories: Open source

L'Open Data à la loupe - LiberTIC

dim, 10/07/2018 - 16:20


LiberTIC

Titre : L’Open Data à la Loupe
Intervenante : Voix off féminine
Lieu : Clip initié par LiberTIC, soutenu par Nantes Métropole et réalisé par A2B Production,
Date : décembre 2011
Durée : 1 min 40
Visionner le clip
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Illustration : Open By Default The International Open Data Charter. Licence Creative Commons Attribution 4.0 International License
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Clip fort bien réalisé et permet à tout un chacun d’appréhender immédiatement ce qu’est l’Open Data (qui demeure encore malheureusement affaire de spécialistes).

Transcription

L’Open Data est une démarche qui vise à rendre des données numériques accessibles et utilisables par tous. Pour les collectivités et les organismes publics, l’Open Data consiste à publier sur une plateforme ouverte des informations statistiques, cartographiques, des horaires, des données économiques et financières sur les territoires.
La mise à disposition des données publiques est une obligation légale. Un cadre juridique strict définit les informations qui peuvent être rendues publiques et celles qui ne le peuvent pas : les données sensibles et à caractère personnel sont exclues de fait de la démarche Open Data.
L’Open Data permet de constituer et d’entretenir une source d’information fiable pour les chercheurs, les journalistes, les citoyens.

L’Open Data ouvre la voie à la création d’applications pratiques ; par exemple la mairie publie des données sur Internet : horaires de bus, géolocalisation des arrêts, hauteur des trottoirs. Les développeurs peuvent réutiliser librement ces données pour créer des applications accessibles depuis un téléphone mobile, pour faciliter l’accès aux transports aux personnes à mobilité réduite.

L’Open Data donne la possibilité de créer de nouvelles opportunités économiques par le développement de services innovants.
L’Open Data rend accessible et compréhensible l’action publique, projets, décisions, comptes publics, encourageant ainsi l’engagement citoyen.
L’Open Data offre enfin une perspective réelle de modernisation des services publics en les rendant lisibles, accessibles et réactifs, en phase avec les enjeux du 21e siècle.

L’ouverture des données, on va tous y gagner !

Catégories: Open source

L'Arcep veut réguler les GAFAM - Décryptualité du 1er octobre 2018 - Transcription

sam, 10/06/2018 - 13:22


Manu - Luc

Titre : Décryptualité du 1er octobre 2018 - L'Arcep veut réguler les GAFAM
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : octobre 2018
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 39 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : shadow-man-hand-up Openclipart Licence Creative Commons Zero 1.0 Public Domain
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Sébastien Soriano, président de l'Arcep, veut « prendre la Bastille du numérique ».

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 39. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : On n’est que tous les deux.

Manu : Eh oui, en petit comité.

Luc : Du coup, on va se lancer directement avec la revue de presse.

Manu : Six articles cette semaine.

Luc : Belle sélection je trouve ; ils sont dans l’ensemble plutôt intéressants.

Manu : Et parfois originaux.

Luc : Oui ! ZDNet France, « C’est qui le patron sur Microsoft Azure ? Linux », un article de Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : C’est un article qui est intéressant parce que ça veut dire que Microsoft, sur ses serveurs informatiques, ce sont les serveurs de cloud computing, eh bien avoue aujourd’hui que plus de la moitié de ses serveurs sont sous Linux et que Linux est sa plateforme préférée pour déployer de nouveaux clients. Ça monte, ça monte ça monte ; si même Microsoft se met au logiciel libre !

Luc : Le chiffre augmente tout le temps et ça se fait au détriment de Windows Server, leur solution maison. Usbek & Rica, « Les sciences participatives au cœur de la recherche du futur ? », un article de la rédaction.

Manu : Toute une discussion sur un festival, le Turfu Festival, t, u, r, f, u.

Luc : Qui commence le 2 octobre, donc c’est maintenant.

Manu : À Caen ; ça a l’air assez sympa. Ils accueillent tout public notamment dans des fab labs pour faire, pour regarder de l’innovation et discuter un peu sciences.

Luc : C’est un plus que du fab lab parce que le fab lab ce sont ces espaces où on peut bricoler et apprendre par soi-même. Là, c’est vraiment l’idée de faire de la science soit, sur des petits niveaux, en partageant des informations ou en donnant de la puissance de calcul de son ordinateur, ce qui se fait depuis longtemps.

Manu : Ils parlent de SETI at home1.

Luc : Voilà. Mais après ça il y a également des réseaux de surveillance ; il y a plein d’idées vraiment intéressantes et, en fonction des compétences que les gens ont, on peut participer plus ou moins et avec cette idée de décloisonner la recherche.

Manu : La rendre citoyenne, un peu comme le logiciel libre !

Luc :  : Tout à fait. Clubic.com, « Firefox Monitor vous dit si vos données ont été volées », un article de Matthieu Legouge.

Manu : C’est un nouveau service qui est fourni par Mozilla, la grosse association qui est derrière Firefox et ce service-là, en quelque sorte, vous permet d’avoir une idée de la sécurité de vos données. Il y a plein de serveurs sur Internet qui ont été corrompus, qui ont été hackés, dont les logins et mots de passe, notamment, ont été perdus dans la nature. Vous pouvez aller sur ce site de Mozilla 2, mettre votre e-mail et on vous dira si votre e-mail a été volé, vraisemblablement, si le login et le mot de passe associé ont été volés et sont sur Internet.

Luc : On pense aux nombreux sites piratés qui ont déclaré le fait qu’ils se soient faits pirater. Et on peut s’inscrire ?

Manu : Oui. On peut s’inscrire pour recevoir des alertes.

Luc : Comme ça si jamais un site… ZDNet France, « Que se passe-t-il si vous essayez de retirer votre code de Linux ? », un article de Steven J. Vaughan-Nichols, encore lui.

Manu : Eh oui, mais un autre sujet qui continue sur ce qu’on présentait la semaine dernière déjà, c’est-à-dire que dans le monde du logiciel libre et notamment dans le développement du noyau Linux, il y a un code de conduite qui est en train d’être mis en place. Linus Torvalds, le développeur originel du noyau, a admis qu’il avait eu un comportement un peu inadmissible.

Luc : Voilà. On en avait parlé de loin en loin depuis quelques années, il avait la réputation de vraiment se conduire comme un connard et d’agresser les gens, de les insulter, etc.

Manu : Un peu agressif, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce n’est pas sympa !

Luc : Et là, comme quoi il ne faut jamais désespérer de la condition humaine, il s’est dit qu’il fallait peut-être s’améliorer.

Manu : Conséquence, c’est qu’il y a des gens qui réfléchissent : qu’est-ce qui se passe si quelqu’un ne veut pas de ce code de conduite mais a contribué du code au noyau Linux, est-ce que cette personne qui ne voudrait plus participer a le droit de retirer son code ? Il y a un article qui discute de cela ; la réponse je vous la donne, gros spoil, normalement non, on ne peut pas retirer du code comme ça.

Luc : Normalement ! The Conversation, « Didier Deschamps, ou l’art de capturer la valeur », un article de Bérangère Lauren Szostak,

Manu : Je crois que c’est l’article le plus original qu’on n’a jamais vu dans la revue de presse !

Luc : Il faut voir.

Manu : Ah ! Il est costaud quand même ! Parce que ça parle de la coupe du monde de foot.

Luc : La tasse mondiale ! The world Cup. Non ?

Manu : Oui, oui, la tasse mondiale et de la possession de balle des Français qui ont gagné la Coupe du monde mais qui n'ont possédé le ballon pendant le match, il semblerait, que pendant 32 % de la durée du match, ce qui est peu. Normalement les gagnants de ce genre de match possèdent le ballon à plus de 50 %, et donc c’est quoi le rapport avec le logiciel libre ?

Luc : C’est une sorte d’analogie disant : on peut avoir des systèmes plus intelligents, de partage, etc., qui permettent d’être plus efficaces.

Manu : Notamment avec le logiciel libre où on partage la connaissance, on partage l’innovation, mais on en retire plus de valeur malgré le fait qu’on n’ait pas la possession.

Luc : Alternatives-economiques, « Gafa : « "Il faut prendre la Bastille numérique" », un article de Sébastien Soriano, qui est d’ailleurs une interview. C’est le président de l’Arcep [Autorité de régulation des communications électroniques et des postes].

Manu : Soi-disant le gendarme des Télécoms, ceux qui mettent en place les règles et qui contrôlent un peu Internet quelque part.

Luc : Il n’a pas de képi sur la photo !

Manu : Non ! Mais il a le pouvoir, donc on l’écoute attentivement et là il parle des GAFA ; GAFA c’est Google, Amazon, Facebook, Apple, de temps en temps on rajoute un M pour parler de Microsoft. En gros ce sont les géants d’Internet, les plus grosses entreprises mondiales qui arrivent à des valeurs de un trilliard de dollars — je crois qu’il y en a deux qui ont dépassé le seuil il y a peu de temps —, donc c’est quelque chose de considérable, eh bien ces entreprises-là, si grosses qu’elles sont, elles nous embêtent et elles embêtent le gendarme des Télécoms.

Luc : L’article est très orienté économie, c’est quand même Alternatives économiques.

Manu : Et institutions.

Luc : Et institutions. Moi je le trouve très intéressant mais très discutable ; il y a plein de choses où on n’est pas d’accord avec lui, mais le propos reste quand même très intéressant, donc c’est pour ça qu’on voulait en parler plus longuement dans ce podcast.

Manu : On pourrait presque entendre ça comme une analyse de ce que le président de l’Arcep voudrait faire, d’ailleurs !

Luc : Oui, c’est très politique. C’est ça qui m’a étonné, que je trouve un peu surprenant. Je pense qu’il a dû valider ça avec Mounir Mahjoubi parce que, notamment, il le cite. En gros, le point de départ est très juste, on en parle suffisamment ici, c’est de dire que les GAFAM maîtrisent énormément de choses et que, du coup, leur pouvoir ce n’est pas seulement d’avoir deux-trois données et puis de régner sur Internet, c’est qu’il y a de vraies conséquences dans le monde réel. Il cite Uber, il cite tous les commerces qui ont du mal à survivre face à toute la vente par correspondance d’Amazon et ce genre de choses.

Manu : Et le monde économique est en train de changer. On a l’impression que ça bouge en ce moment ; il y a des changements considérables en profondeur.

Luc : Il dit que personne ne l’a vu venir. Là c’est un des points où je dis : eh bien non il y a plein de gens qui l’ont vu venir, mais ce ne sont pas ceux qu’on a bien voulu écouter. Des tas de gens en ont parlé bien en amont en disant « l’informatique va radicalement changer le monde » et maintenant ça commence à devenir tellement visible qu’on ne peut plus faire semblant. Donc ça a ce côté un petit peu désespérant.

Manu : On peut supposer quelque part que là il présente ce qu’il voudrait faire et notamment son analyse c’est de dire nous, les institutions, on n’a pas assez agi et on n’agit pas assez. Donc on peut entendre quelque part « on doit faire des choses ». Il critique le monde économique en disant qu’au contraire on a laissé les entreprises à leurs bons moyens et à leur bon vouloir et que la conséquence ce sont des entreprises qui sont des monopoles de fait, des monopoles qui utilisent un effet réseau. Plus on est gros dans ce monde informatique, plus on devient gros et on en retire de la valeur économique.

Luc : Et plus on devient rentable ! oui.

Manu : Exactement.

Luc : Contrairement au monde matériel où le fait de grossir va faire toute une série de freins qui fait que devenir encore plus gros et plus efficace va être de plus en plus difficile. Et on va être obligé d’investir de plus en plus pour des gains marginaux de plus en plus faibles.

Manu : Moi, sur ce point-là je ne suis pas forcément d’accord. Je pense que plus on est gros plus on devient sclérosé par nature et que c’est difficile de sortir de cette sclérose ; mais c’est une analyse…

Luc : Mais quand même d'un côté, une fois que tu as mis en place tes serveurs, après tu fais grossir le nombre de serveurs que tu as, mais créer dix comptes ou un million, c’est à peu près la même chose.

Manu : De ce point de vue-là certes. Mais du point de vue des changements des services, on en a déjà parlé entre nous en dehors, mais les grosses entreprises et les GAFAM, notamment, ont terriblement peur des petits acteurs qui arrivent régulièrement sur le marché. Parmi leurs façons de faire : elles vont voler leurs fonctionnalités, les dupliquer et les réintroduire dans leurs systèmes qui sont plus gros et qui ont plus de clients ; ou elles vont racheter les petites entreprises, toutes ces petites start-ups qui se montent, qui ont de l’espoir et qui ont un futur, elles les rachètent et soit elles les incorporent dans leur propre entreprise, soit elles les étouffent.

Luc : D’ailleurs ça fait partie du business modèle : les gens qui font des start-ups, leur rêve absolu c’est de se faire racheter par une grosse boîte en disant c’est une façon de gagner le jackpot parce qu’on va leur filer un gros paquet de pognon à l’échelle individuelle pour, en gros, jouer avec ou fermer le machin.

Manu : Ce qui arrive assez régulièrement. Donc là il a cette analyse de dire : nous les politiques, nous les institutions, on n’a pas agi, on a laissé ce pouvoir partir dans les grosses entreprises et les grosses entreprises, aujourd’hui, elles sont mauvaises pour la société, notamment elles ne payent pas d’impôts et ça a des conséquences lourdes parce que ces impôts-là manquent aujourd’hui.

Luc : Ça c’est un des points où je trouve — on est tous les deux d’accord là-dessus — qu’il est un petit peu de mauvaise foi par rapport à ce truc-là.

Manu : Carrément !

Luc : Parce qu’à un moment il dit, en gros, « oui, les anarchistes de l’Internet, tout ça, ils ne voulaient pas de régulation étatique et, au final, c’est le monopole économique qui s’est mis en place », ce qui n’est pas faux. Mais en même temps, quand on pense à l’accord Microsoft-Éducation nationale par exemple.

Manu : Et quand on pense aux discussions entre l’Allemagne et la France pour taxer les GAFAM, qui ont échoué cet été, et qui auraient pourtant pu aboutir à quelque chose d’intéressant, de ce qu'on sait, pour que ces grosses entreprises qui échappent à l’impôt, enfin elles le payent !

Luc : Quand Fleur Pellerin s’occupait du numérique, il y a quelques années, elle avait fait une sortie sur l’open source, la partie vraiment business, en disant : ça manque d’une grosse structure, de quelqu’un avec qui on puisse parler. Et l’État adore les grosses boîtes. Voilà ils ont Renault, ils ont Veolia, ce genre de choses.

Manu : IBM, Microsoft. Ce sont des interlocuteurs de la taille d’un État.

Luc : Et là, je pense que le point majeur où il rate le truc – alors il ne peut pas trop taper sur l’État, parce qu’est quand même lui qui paye son salaire !

Manu : C’est la boîte-mère !

Luc : Mais je pense que, du coup, il rate quand même quelque chose d’essentiel, c’est que le système actuel ne sait pas gérer un tissu d’acteurs indépendants. Ça me fait repenser à l’autre article qu’on a lu sur la recherche partagée, notamment, où on montre que des gens éparpillés partout peuvent collaborer.

Manu : Et très bien !

Luc : Et ça, eh bien dans la culture étatique ce n’est pas possible. En France on a tendance à bien centraliser.

Manu : C’est une des caractéristiques de la France. On aime bien les champions nationaux. On a fabriqué des grosses entreprises de taille internationale alors qu’on n’est pas un gros pays et, comparé à l’Allemagne et à l’Italie par exemple, on a des entreprises énormes et donc on va dans ce sens-là, de regrouper les choses pour avoir des interlocuteurs de taille État, clairement ! Mais ensuite ça nous échappe.

Luc : Pour moi, c’est vraiment un des points principaux où, franchement, il est à côté de la plaque. En revanche, cette idée de la régulation, à mon sens, effectivement c’est nécessaire. On se souvient que Benjamin Bayart, il y a des années de ça, a parlé de Minitel 2.03 et annoncé toute la dérive des GAFAM ; il l’a vu venir bien avant ! C’est pour ça quand il [Sébastien Soriano] dit « les anarchistes d’Internet, tout ça », c’est un petit peu vexant !

Manu : Il y a toujours un retard ; il y a un retard considérable à l’allumage. Je rajouterais c’est que l’État a aussi sa part, d’une autre manière, c’est qu’il permet aux grosses entreprises d’avoir des rentes, des systèmes de rentes ; ça s’appelle le brevet logiciel, ça s’appelle le droit d’auteur.

Luc : Il n’y a pas de brevets logiciels en Europe !

Manu : Il n’y a, officiellement, pas de brevets logiciels en Europe, mais tu sais très bien qu’il y a plein de brevets logiciels en tout cas et qu’on utilise ces attaques sur le droit d’auteur et sur les brevets pour casser les jambes des petits et même des concurrents. On a suivi les procès Apple-Samsung sur les coins arrondis des téléphones portables et les droits du design.

Luc : Le design, les modèles et les machins comme ça.

Manu : C’est juste atroce et tout ça, ça vient bien de l’État. Ce sont des règles étatiques qui créent des rentes, qui sont créées comme telles.

Luc : Et on sait que le brevet, au-delà de la question du logiciel, a été complètement dévoyé dans son objectif. L’idée initiale du brevet c’était de forcer les gens à publier leurs secrets de fabrication contre…

Manu : En échange ?

Luc : En échange d’une période de monopole, mais bien avec l’objectif que tout le monde puisse le faire après et que, du coup, l’économie se renforce et s’enrichisse en devenant de plus en plus efficace. Aujourd’hui ça a été complètement dévoyé et il y a des grosses boîtes qui mettent beaucoup d’argent pour empêcher que quoi que ce soit bouge, en fait.

Manu : On a vu Google qui rachetait LG, qui rachetait donc une boîte de téléphones. Cette boîte de téléphones n’avait plus d’avenir, mais elle avait un portfolio de brevets qui avait une valeur phénoménale pour se défendre ou attaquer les autres entreprises qui, elles-mêmes, déployaient plein de brevets qui ne servaient qu’à ça.

Luc : Donc lui, qu’est-ce qu’il propose pour faire machine arrière et aller dans le bon sens ?

Manu : La déconcentration.

Luc : Oui, la déconcentration. Alors ce n’est pas évident parce qu’il y a plein de grosses boîtes, il y a eu des mesures antitrusts aux États-Unis ça n’a jamais détruit les boîtes.

Manu : Ça les a freinées, probablement, mais c’est difficile à mesurer.

Luc : Oui. Mais IBM n’a pas été dégommée par ces trucs-là.

Manu : Ça reste une des plus grosses entreprises du monde.

Luc : Il y a une question sur les données que je trouve intéressante. Puisqu’on donne nos données et qu’il y a beaucoup de ces GAFAM qui ne prospèrent que par rapport à ça, c’est-à-dire que les données qu’on leur file leur permettent de faire de l’argent, d’être rentables et d’avoir du pouvoir.

Manu : Il parle de silos. En quelque sorte, les données qu’on a mises sont engrangées, sont stockées, comme des graines seraient stockées dans des silos, et elles sont utilisées ensuite par ces entreprises, mais que par ces entreprises parce qu’il n’y a pas d’interopérabilité qui permet de les ressortir.

Luc : Donc si la législation évoluait pour forcer la libre diffusion des données, par exemple sous licence libre.

Manu : C’est-à-dire qu’en gros, tu pourrais sortir ton profil plus facilement de Microsoft.

Luc : Ou même. À partir du moment où les données ont été données quelque part, elles peuvent être ré-exploitées par quelqu’un d’autre. Du coup, il n’y a pas de raison que ce ne soit qu’un seul acteur qui puisse les réutiliser. Ça pose plein de problèmes avec, notamment, les abus qu’il peut y avoir dessus. II y a une autre piste qui peut être très intéressante, qu’il n’évoque à moitié mais que moi je trouve très intéressante, qui est l’interopérabilité entre les systèmes. Pour faire un raccourci, avec le mail, quel que soit le fournisseur de mail qu’on utilise, on peut quand même échanger des messages. Le mail est interopérable. Or, si on est sur son petit service propriétaire, on échange par, je ne sais pas moi, message Facebook ou d’autres machins que nous ne connaissons pas parce que nous ne touchons pas à ces choses-là, eh bien on est coincé, on est obligé d’installer le système propriétaire fermé pour pouvoir communiquer avec des gens. On se retrouve avec x systèmes. Et ça, techniquement, c’est parfaitement contournable, on peut tout à fait faire des systèmes qui communiquent entre eux et où on puisse avoir Facebook d’un côté et puis avoir des nouvelles des gens qui seraient sur Twitter, Mastodon, Framasphère et ce genre de choses.

Manu : Je te dirais que les petits acteurs qui arrivent sur ces marchés de communication, en général eux sont interopérables ; ils sont interopérables avec les gros acteurs qui ont plein de clients. Donc si tu viens avec un nouveau protocole, avec une nouvelle plateforme, souvent tu vas essayer de te brancher sur de l’existant.
Par contre, ceux qui sont en place, les gros, les rentiers de ces services-là, eux ils ne veulent pas que les petits arrivent et s’installent. Par exemple Twitter : il y avait plein de librairies qui permettaient de suivre les fils de discussion de Twitter et Twitter a bidouillé ses accès pour bloquer certaines de ces librairies, casser leur fonctionnement, donc ils ont été un peu de mauvaise foi sur ces mécanismes-là, pas très sympas.
Je rajouterais, on en a parlé il n’y a pas si longtemps, le RGPD [Règlement général sur la protection des données] favorise la sortie des données et aide, en Europe en tout cas, à ce qu’on puisse extraire nos profils de certains de ces services.

Luc : C’est effectivement le minimum à exiger. Donc l’article est très orienté économie. Il va citer quelques économistes, etc. Je le trouve intéressant, il est vraiment à lire avec beaucoup de sens critique, parce que je pense qu’il est très politique.

Manu : Il est orienté !

Luc : Il est très orienté, mais il y a quand même un fond de réflexion derrière qui est vraiment intéressant, qu’on ne voit pas habituellement et certainement pas dans des programmes politiques qui sont très vagues. Là, on a des idées intéressantes qui peuvent être un bon point de départ de discussion.

Manu : À la semaine prochaine.

Luc : À la semaine prochaine.

Catégories: Open source

L'April présente au Festival Faire Hacker le 13 octobre 2018 à Chartres

ven, 10/05/2018 - 17:02
Début: 13 Octobre 2018 - 10:00Fin: 13 Octobre 2018 - 18:30

La 3ème édition du Festival Faire Hacker se déroulera du 12 au 14 octobre 2018 lors du salon des Artisanales à Chartres (Eure-et-Loir).

Le Festival Faire Hacker est une fête ouverte sur les technologies, la création et les savoir-faire. Au programme : stands de démonstration, ateliers d'initiation et conférences autour des thèmes de l'innovation, de la citoyenneté, de l’écologie, de l’éducation, des sciences, de la fabrication, des cultures Do It Yourself, des communs… Plus de 15 000 visiteurs sont attendus sur les trois jours.

Pour plus d'information : https://fairehacker.org/

L'April participera avec un stand le samedi 13 octobre 2018. Trois conférences seront également proposées ce jour.

Conférences April :

- "La propriété intellectuelle c'est du vol", Emmanuel Charpentier, 13 h.

- "Concevoir et réaliser un projet informatique", Emmanuel Charpentier, 15 h 30

- "Les licences libres", Luc Fievet, samedi 17 h 15.

Catégories: Open source

« Microsoft Power » : le Canard Enchaîné revient sur l'emprise de Microsoft sur les ministères français

jeu, 10/04/2018 - 11:27

La une des dossiers du Canard Enchaîné

Le Canard Enchaîné consacre son hors-série Les dossiers du Canard d'octobre 2018 à la question de la vie privée. Le journal revient à cette occasion sur l'emprise de Microsoft sur les ministères français, en particulier celui des Armées où le géant américain impose ses systèmes via un accord Open Bar renouvelé deux fois depuis 2009.

Pantouflage, marchés publics opaques, rapports opposés au contrat, enjeux de souveraineté et de sécurité, le Canard rappelle sur deux pages l'accumulation de couacs concernant l'Open Bar Microsoft au ministère des Armées. Une situation de dépendance que seule une commission d'enquête parlementaire, demandée par la Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, Secrétaire de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, depuis octobre 2017 et que l'April appelle à soutenir, pourra permettre d'adresser.

Comme le rappelle Frédéric Couchet, délégué général de l'April, interviewé pour cet article, « il est clair qu'il y a eu une commande politique de signer avec Microsoft malgré les rapports négatifs ». Il est indispensable que le Parlement joue son rôle de contrôle de l'action gouvernementale. Un constat sans appel après plusieurs années d'action de l'association pour que lumière soit faite sur ce dossier.

L'April a consacré une partie de sa première émission Libre à vous ! de mai 2018 à l'Open Bar, afin d'en expliquer les enjeux, les dangers et les parts d'ombre. Nous étions en compagnie de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam et de Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact. Un podcast est disponible pour (ré)écouter ce segment de l'émission, ainsi qu'une transcription à (re)lire.

Écouter le podcast de la partie « Open Bar » Microsoft/Défense (49 minutes)

Extrait de l'article

Lors d'un déplacement le 1er octobre 2018 à la Direction interarmées des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information (DIRISI), la ministre de l'Armée Florence Parly a « appelé à une plus grande ouverture du ministère aux logiciels libres et annoncé que Qwant, moteur de recherche français qui s'engage à ne pas exploiter les données personnelles de ses utilisateurs, serait désormais le moteur de recherche par défaut du ministère des Armées. »

Recommandation qui aurait dû être suivie depuis longtemps : le ministère dispose depuis 2006 d'un rapport préconisant une migration vers le logiciel libre. L'April rappelle enfin qu'une « ouverture vers le logiciel libre » ne pourra réellement s'opérer sans une véritable politique de désintoxication du ministère aux logiciels Microsoft.

Ce numéro des Dossiers du Canard Enchaîné est disponible en kiosque (120 pages, 6 €).

Catégories: Open source

Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 2 octobre 2018 sur radio Cause Commune

mar, 10/02/2018 - 15:20

Photo d'illustration de l'émission

La cinquième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h. Vous trouvez sur cette page les références citées pendant l'émission, ainsi que le podcast en attendant la transcription. Les références qui pourraient manquer seront ajoutées ultérieurement.

Écouter le podcast Lire la transcription

--> toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
  2. Programme de l'émission du 2 octobre 2018
  3. Podcasts des différents sujets abordés
  4. Références pour la partie données publiques ouvertes
  5. Références pour la partie label Territoire Numérique Libre
  6. Références pour la partie directive droit d'auteur
  7. Références pour la partie événements à venir
  8. Pauses musicales
Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! sera principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle, qui sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

Programme de l'émission du 2 octobre 2018

Au programme :

  • nous avons commencé par une discussion sur le thème des collectivités et des données publiques, à quelques jours de l'entrée en vigueur de nouvelles obligations de diffusion (ou de mise en ligne) de documents et de données publiques pour les administrations et collectivités (7 octobre 2018)1. Pour cela nous étions en compagnie de Xavier Berne, journaliste à Next INpact ; de Laurence Comparat, adjointe données publiques, logiciels libres et Administration générale de la ville de Grenoble et présidente de l’association OpenData France ; de Tangui Morlier, membre du collectif Regards Citoyens
  • nous avons ensuite eu un échange téléphonique avec Béatrice Jean-Jean, chargée de communication à l'Adullact pour parler du label Territoire Numérique Libre ; la date limite pour candidater est lundi 15 octobre 2018, 23 h 59
  • puis nous avons fait un court point sur la directive droit d'auteur après le vote en plénière au Parlement européen du 12 septembre
  • enfin, nous avons terminé par l'annonce de quelques événements à venir
Podcasts des différents sujets abordés

Voici les podcasts des différents sujets abordés pendant l'émission :

Références pour la partie données publiques ouvertes Références pour la partie label Territoire Numérique Libre Références pour la partie directive droit d'auteur

L'April a une page dédiée sur son site où vous pouvez retrouver les dernières actualités sur ce dossier.

Références pour la partie événements à venir Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Catégories: Open source

Décryptualité du 1er octobre 2018 - L'ARCEP veut réguler les GAFAM

mar, 10/02/2018 - 00:07

Écouter ou télécharger le décryptualité du 1er octobre 2018 (15 minutes)

    Sébastien Soriano Président de l'Arcep veut "prendre la Bastille du numérique".
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Catégories: Open source

Revue de presse de l'April pour la semaine 39 de l'année 2018

lun, 10/01/2018 - 17:14

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 39

[ZDNet France] C'est qui le patron sur Microsoft Azure? Linux

Par Steven J. Vaughan-Nichols, le vendredi 28 septembre 2018. Extrait:
> Le système d'exploitation le plus répandu sur le cloud Azure de Microsoft aujourd'hui est Linux. L'OS libre a poursuivi sa croissance jusqu'à représenter désormais 50% de toutes les machines virtuelles déployées sur Azure.
Lien vers l'article original: https://www.zdnet.fr/actualites/c-est-qui-le-patron-sur-microsoft-azure-linux-39874301.htm

[Usbek & Rica] Les sciences participatives au coeur de la recherche du futur?

Par la rédaction, le vendredi 28 septembre 2018. Extrait:
> La science n'est pas épargnée par le partage et la contribution, et s'ouvre de plus en plus à des publics non spécialistes. Dans le cadre du Turfu Festival, Le Dôme à Caen, espace collaboratif d'innovation ouvert à tous les publics, propose à chacun différentes manières de contribuer à des programmes de recherche, et nous présente cette évolution enthousiasmante.
Lien vers l'article original: https://usbeketrica.com/article/sciences-participatives-recherches-futur

[Clubic.com] Firefox Monitor vous dit si vos données ont été volées

Par Matthieu Legouge, le jeudi 27 septembre 2018. Extrait:
> Firefox lance Firefox Monitor, un service qui vous veut du bien puisqu'il est gratuit et vous préviendra en cas de fuite de vos données personnelles.
Lien vers l'article original: https://www.clubic.com/navigateur-internet/mozilla-firefox/actualite-845741-sr-ludo-firefox-monitor-donnees-volees.html

[ZDNet France] Que se passe-t-il si vous essayez de retirer votre code de Linux?

Par Steven J. Vaughan-Nichols, le jeudi 27 septembre 2018. Extrait:
> Un débat s'est ouvert dans la communauté du kernel Linux suite à l'adoption du code de conduite. Un développeur banni peut-il reprendre son code? Les experts en droit de linux du passé et du présent pèsent les implications des licences libres et open source.
Lien vers l'article original: https://www.zdnet.fr/actualites/que-se-passe-t-il-si-vous-essayez-de-retirer-votre-code-de-linux-39874249.htm

Et aussi:
[Developpez.com] Un code de mérite pour gérer le travail collaboratif par le mérite technique

[Alternatives-economiques] Gafa: «Il faut prendre la Bastille numérique»

Par Sébastien Soriano, le mardi 25 septembre 2018. Extrait:
> Le président de l’Arcep, le gendarme des télécoms, livre ses pistes pour réguler les géants du numérique.
Lien vers l'article original: https://www.alternatives-economiques.fr/gafa-faut-prendre-bastille-numerique/00086228

[The Conversation] Didier Deschamps, ou l’art de capturer la valeur

Par Bérangère Lauren Szostak, le mardi 25 septembre 2018. Extrait:
> La victoire de la France en finale de la Coupe du monde malgré une faible possession de balle avait heurté les puristes du football. Les experts en stratégie des organisations, eux, applaudissent.
Lien vers l'article original: http://theconversation.com/didier-deschamps-ou-lart-de-capturer-la-valeur-103861

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Catégories: Open source

Apéro April le 19 octobre 2018 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

lun, 10/01/2018 - 16:32
Début: 19 Octobre 2018 - 19:00Fin: 19 Octobre 2018 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro francilien aura lieu le vendredi 19 octobre 2018 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Catégories: Open source

Lettre d'information publique de l'April du 1er octobre 2018

ven, 09/28/2018 - 15:42

Bonjour,

Notre prochaine émission de radio Libre à vous ! sera diffusée en direct mardi 2 octobre 2018 à partir de 15 h 30 sur Cause Commune. Nous traiterons divers sujets : collectivités et données publiques ; label Territoire Numérique ; directive droit d'auteur. Le podcast sera disponible peu après la diffusion de l'émission.

Notre quatrième émission de radio Libre à vous ! a été diffusée en direct mardi 4 septembre 2018 sur Cause Commune. Nous avons parlé de la directive droit d'auteur, de la Fête des Possibles et des menottes numériques (DRM). Vous pouvez consulter la transcription et écouter le podcast. À l'occasion Journée internationale contre les DRM la radio Cause Commune et l'April ont rediffusé cette émission sur 93.1 FM en Île-de-France et sur le site de la radio mardi 18 septembre 2018 de 15 h 30 à 17 h 00.

Mercredi 12 septembre a été une journée noire pour les libertés sur Internet. Le Parlement européen a voté à 438 voix contre 226 la généralisation du filtrage automatisé des contenus mis en ligne. Le coup est dur mais l'April reste mobilisée pour les négociations interinstitutionnelles à venir et pour le vote final au Parlement qui devrait se tenir début 2019.

Une belle initiative de notre groupe de travail Libre Association : la mise à disposition d'un Cerfa universel pour les demandes de subvention des associations. Suite à cette action, le formulaire a été mis à disposition sur le site officiel de l'administration française. Un grand bravo aux membres du groupe.

Un « April Camp » aura lieu samedi 6 et dimanche 7 octobre 2018 à Marseille. Des outils pour participer en ligne seront également disponibles (IRC…). N'hésitez pas à vous inscrire, à proposer des thèmes de travail ou à juste passer nous voir pour échanger.

Le groupe Transcriptions vous offre six nouvelles transcriptions.

De nouveaux « cadeaux publicitaires » ont fait leur apparition officielle à l'occasion des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre. T-shirts, mugs et sacs sont maintenant disponibles sur notre boutique sur En Vente Libre.

Plusieurs événements sont à venir à Chartres et Marseille.

L'équipe du Décryptualité est de retour, n'oubliez pas d'écouter la dernière édition.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Journée noire pour les libertés sur Internet : les parlementaires européens votent la généralisation du filtrage automatisé

Mercredi 12 septembre, journée noire pour les libertés sur Internet et pour tous ceux et celles qui agissent au quotidien pour défendre et promouvoir un Internet libre et ouvert, neutre et acentré. Le Parlement européen a voté à 438 voix contre 226 la généralisation du filtrage automatisé des contenus mis en ligne. Le coup est dur mais l'April reste mobilisée pour les négociations interinstitutionnelles à venir et pour le vote final au Parlement qui devrait se tenir début 2019.

Émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune le 2 octobre 2018

La cinquième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h. Au programme : discussion sur le thème des collectivités et des données publiques ; présentation du label Territoire Numérique Libre ; point sur la directive droit d'auteur après le vote en plénière au Parlement européen du 12 septembre.

L'émission dispose d'un flux RSS compatible avec la baladodiffusion (podcast) que vous pouvez utiliser avec un logiciel permettant la lecture d'un ensemble de flux de podcasts audio (GPodder par exemple, qui est disponible sur plusieurs plateformes).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Journée noire pour les libertés sur Internet : les parlementaires européens votent la généralisation du filtrage automatisé
  2. Émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune le 2 octobre 2018
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Libre à vous ! sur Radio Cause Commune - Podcast et transcription de l'émission du 4 septembre 2018
    2. Nous aider à établir un stock de musiques libres pour les pauses musicales des émissions Libre à vous !
    3. Journée contre les DRM 2018 - Rediffusion de l'émission « Libre à vous ! » mardi 18 septembre
    4. Directive droit d'auteur : le gouvernement français doit soutenir l'exclusion pleine et entière des forges logicielles
    5. Le groupe de travail Libre Association met à disposition un Cerfa universel pour les demandes de subvention des associations
    6. Six nouvelles transcriptions
    7. Décryptualité
    8. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Nous aider à tenir un stand April lors du Festival Faire Hacker du 12 au 14 octobre 2018 à Chartres
    2. Événements à venir
    3. Événements passés
  5. Vie associative
    1. April Camp à Marseille (et à distance) les 6 et 7 octobre
    2. Revue hebdomadaire
    3. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Libre à vous ! sur Radio Cause Commune - Podcast et transcription de l'émission du 4 septembre 2018

Notre quatrième émission de radio Libre à vous a été diffusée en direct mardi 4 septembre 2018 sur Cause Commune. Nous avons commencé par une interview d'Aliette Lacroix, coordinatrice du Collectif pour une Transition Citoyenne, qui a présenté la Fête des Possibles. Nous avons ensuite fait le point sur la directive droit d'auteur et la mobilisation en cours. Et nous avons parlé des menottes numériques (DRM) avec Jean-Baptiste Kempf (VideoLAN/VLC) et Marie Duponchelle (avocate, docteur en droit, département Droit de l'immatériel, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteure d'une thèse intitulée « Le droit à l'interopérabilité : études de droit de la consommation ». Le podcast de l'émission est disponible, ainsi que la transcription avec une page qui liste toutes les références citées pendant l'émission.

Nous aider à établir un stock de musiques libres pour les pauses musicales des émissions Libre à vous !

Comme vous le savez, nous avons désormais une émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune. Pour chaque émission, nous avons besoin de 2 ou 3 musiques libres pour les pauses musicales.

Si vous avez envie de nous aider en dénichant les petits bijoux qui se cachent dans les entrailles de Dogmazic ou autres, un pad est à votre disposition prêt à être alimenté par vos suggestions.

Vous pouvez aussi commenter les propositions déjà présentes.

Journée contre les DRM 2018 - Rediffusion de l'émission « Libre à vous ! » mardi 18 septembre

Dans le cadre de la Journée internationale contre les DRM (« menottes numériques ») mardi 18 septembre, la radio Cause Commune et l'April ont rediffusé la dernière émission « Libre à vous ! » qui a consacré 42 minutes à la question des DRM. Cette rediffusion a eu lieu mardi 18 septembre de 15 h 30 à 17 h sur 93.1 FM en Île-de-France et sur le site de la radio.

Directive droit d'auteur : le gouvernement français doit soutenir l'exclusion pleine et entière des forges logicielles

Quelques jours avant le vote du Parlement européen sur le projet directive droit d'auteur, la ministre de la Culture française a répondu mardi 4 septembre à une question écrite sur l'impact de cette disposition liberticide pour les forges de logiciels libres. Une prise de position que le gouvernement français devra traduire en actes lors des négociations interinstitutionnelles à venir. Si la réponse de la ministre semble indiquer que la position française est bien l'exclusion pleine et entière des forges logicielles, il faudra que la représentation française au Conseil de l'Union européenne traduise cela en actes lors des négociations interinstitutionnelles à venir, notamment en convaincant ses homologues des autres États européens d'adopter l'article 2 issu de la version du Parlement telle qu'elle a été adoptée.

Le groupe de travail Libre Association met à disposition un Cerfa universel pour les demandes de subvention des associations

Pour déposer des demandes de subvention, les associations sont invitées à télécharger et remplir un canevas au format PDF. Ce document est téléchargeable sur le site des formulaires en ligne. Le souci, c’est qu’il n’est pas utilisable par les libristes ! Aussi, le groupe de travail Libre Association de l’April a décidé de mettre à disposition une version accessible par les structures et personnes ayant fait le choix d’utiliser des logiciels libres. Suite à cette action, le formulaire a été mis à disposition sur le site officiel de l'administration française.

Six nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec six nouvelles transcriptions :

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Nous aider à tenir un stand April lors du Festival Faire Hacker du 12 au 14 octobre 2018 à Chartres

L'April est invitée à participer au Festival Faire Hacker, qui aura lieu du 12 au 14 octobre lors du salon des Artisanales de Chartres (28). Si vous avez des disponibilités, ne serait-ce que pour une journée, n'hésitez pas à vous inscrire sur la page wiki dédiée.

Événements à venir Événements passés Vie associative April Camp à Marseille (et à distance) les 6 et 7 octobre

Après Paris, Montpellier, Toulouse, Lille un « April Camp » aura lieu samedi 6 et dimanche 7 octobre 2018 à Marseille.

L'April Camp se tiendra au Foyer du peuple 50 rue Brandis 13005 Marseille. Des outils pour participer en ligne seront également disponibles (IRC…).

N'hésitez pas à vous inscrire, à proposer des thèmes de travail.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 7 septembre 2018, la synthèse de la revue du 15 septembre 2018, la synthèse de la revue du 22 septembre 2018, la synthèse de la revue du 29 septembre 2018.

Adhésions

Au 1er octobre 2018, l'association compte 4 151 membres (3 753 personnes physiques, 398 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

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Catégories: Open source

La censure automatisée d'internet votée par le Parlement européen - Décryptualité du 24 septembre 2018 - Transcription

jeu, 09/27/2018 - 18:22


Manu - Nico - Luc

Titre : La censure automatisée d'internet votée par le Parlement européen - Décryptualité du 24 septembre 2018
Intervenants : Manu - Nico - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : septembre 2018
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 38 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Censorship Flickr - Bill Kerr Licence Creative Commons CC BY-SA 2.0
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Les fameux articles 11 et 13 ont été votés par le Parlement européens. Ces dispositifs liberticides ont également toutes les chances de ne pas atteindre les objectifs qu'ils visent.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 38 de l’année 2018. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : C’est la rentrée, on a pris notre temps. C’est quasiment la fin septembre. Mais bon voilà ! On était très fatigués.

Manu : On s’est reposés.

Nico : Un peu de vacances ça fait du bien, quand même.

Luc : Voilà ! Et puis en plus de ça, on démarre l’année sur une super mauvaise nouvelle. Tout va mal !

Nico : Ouais ! On va en parler après. On va commencer par la revue de presse. Cette semaine sept articles. Le Monde.fr, « Linus Torvalds, l’emblématique fondateur de Linux, s’excuse d’avoir été insupportable », un article de Morgane Tual.

Manu : Je pense qu’on pourrait faire une émission sur le sujet : les relations sociales dans les groupes de développeurs notamment et dans ce groupe de développeurs en particulier, donc le noyau Linux, ce sont des milliers de développeurs sur Internet, eh bien l’ambiance n’est pas toujours au beau fixe, notamment à cause du créateur de Linux, Linus Torvalds.

Luc : Et on en a parlé de nombreuses fois dans nos émissions.

Manu : Là il va prendre du recul, un petit peu ; il ne va pas abandonner le développement de son noyau, qui est vraiment majeur pour lui, mais il va prendre un petit peu de recul, travailler sur lui-même pour être un peu moins vachard.

Luc : Oui. Il a découvert qu’il était un connard en fait !

Manu : Il y a un petit peu de ça.

Nico : Génération-NT, « Mounir Mahjoubi propose une liste d’alternatives aux grandes plateformes », un article de Jérôme G.

Manu : Là c’est l’administration française et effectivement encore une fois, ce n’est pas nouveau, ils présentent le fait qu’il y a des alternatives aux logiciels propriétaires, ils les mettent en avant, ils creusent là-dessus. C’est juste qu’à côté il y a d’autres trucs qui sont un petit peu négatifs dans l’administration en France : les rapprochements avec Microsoft, les choses de ce type-là. Donc un pas en avant d’un côté, deux pas en arrière de l’autre ; c’est toujours compliqué.

Nico : LeMagIT, « L’avenir du libre passe par la conversion des utilisateurs en contributeurs », un article de Thierry Carrez.

Manu : Certes il faut convertir, mais ce n’est pas facile parce que devenir contributeur, ce n’est pas tout le monde qui est motivé pour le faire, mais il est vrai que ce serait intéressant d’avoir plus de contributeurs.

Luc : Et puis il faut avoir les compétences pour ça aussi.

Manu : Ça se développe, mais ce n’est pas facile !

Nico : N’oublions qu’il n’y a pas que du code. On peut aussi contribuer en faisant des traductions, du design, des sites web ou autre, donc il y a plein de choses à faire ; ce ne sont pas que les codeurs qui peuvent contribuer.

Luc : Après, de façon bête et méchante, l’argent ça aide aussi les gens à aller bosser.

Manu : Tout à fait.

Luc : C’est mon avis personnel en tout cas.

Nico : Numerama, « Le développement de CLIP, le système d’exploitation souverain "made in France", est ouvert à tous », un article de Julien Lausson.

Manu : Ça c’est un sujet à trolls, parce que le système d’exploitation souverain ça nous a fait beaucoup ricaner dans le monde du logiciel libre. Souverain, qu’est-ce que c’est que ce truc-là pour de l’informatique ? Mais ça n’empêche, il y a une administration française qui se lance, l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information], qui a l’air d’avoir des compétences en sécurité. Ils avaient déjà un embryon de système d’exploitation, il semblerait, donc là ils le mettent en avant, ils le poussent et ils le mettent sur GitHub, plateforme de logiciels libres.

Luc : Tout le monde peut participer et c’est sur une base de Linux.

Nico : C’est une base de Linux. L’ANSSI a quand même fait un petit disclaimer en disant « non, non, en fait ce n’est pas si souverain que ça, on n’a pas vocation à faire un truc 100 % français ». Donc ils vont effectivement réutiliser une base de Linux à fond. Aujourd’hui c’est encore en bêta, mais on espère voir une version stable un jour. LeDevoir.com, « La pertinence des communs », par Laure Waridel.

Manu : Sujet qu’on aime beaucoup. Il faut reparler de notre cher Prix Nobel qui a parlé justement des communs et de la manière dont on avait tourné l’économie autour de « les communs c’est mauvais ».

Luc : Elinor Ostrom.

Manu : Et on s’est rendu compte que finalement non, grâce à elle notamment, les communs c’est une manière de s’organiser économiquement viable, qui peut fonctionner. Il faut juste y réfléchir et remettre ça en place.

Nico : Libération, « Aucun algorithme, jamais, ne pourra défendre la démocratie », par Olivier Ertzscheid.

Manu : C’est rigolo parce que ça parle de Facebook, notamment, et du fait qu’il veut défendre la démocratie ! Ça nous a fait rigoler !

Luc : C’est une tribune d’un prof de sciences de l’information et de la communication de Nantes dont je recommande vraiment la lecture ; ça envoie du pâté ! Ce n’est pas technique, c’est vraiment très politique. C’est très intéressant. À lire !

Nico : Developpez.com, « Copyright : le rapporteur Axel Voss dit être surpris par un article du texte adopté », par Bill Fassinou.

Manu : Ça c’est le sujet de la semaine !

Manu : C’est Bill Fassinou qui a adopté l’article ? Non ? OK !

Manu : Il faudrait l’adopter ou il faudrait adopter le rapporteur, parce que là il a quand même raté une grosse coquille dans son texte. Ils viennent de passer un texte sur le droit d’auteur au niveau européen. C’est un texte qui nous inquiète beaucoup dans la communauté.

Luc : On en a parlé avant les vacances.

Manu : N’est-ce pas !

Luc : Un instant on avait cru qu’on était sorti d’affaire et en fait, ça s’est retourné !

Manu : Donc là ils viennent de voter au niveau du Parlement les articles 11 et 13, de je ne sais plus combien.

Luc : Ils ont voté tout ça, mais il y a deux articles qui posent particulièrement problème.

Manu : Et qui nous gênent et là, petite cerise sur le gâteau, le rapporteur vient de se rendre compte que dans tout ce fatras il y avait un article qu’il ne connaissait même pas et qui est passé. Ça c’est juste un détail, parce que ce qui nous embête vraiment ce sont les articles 11 et 13, qui sont très embêtants.

Luc : Ce n’est quand même pas un détail de dire que le rapporteur qui est le mec qui doit quand même super bien connaître le texte découvre des articles dedans. Enfin !

Nico : Surtout votés et adoptés !

Luc : Voilà. Votés et adoptés. Il fait : « Ah bon il y avait ça dedans ? » Ça veut dire qu’il a fait du boulot politique, il a fait du boulot de lobbying, mais il n’a pas fait de boulot juridique.

Manu : Il n’a pas lu le texte qu’il mettait en avant. Le gars il ne l’a pas lu ! C’est quand même assez choquant sachant que la clause qui a été ratée c’est une clause qui parle ?

Nico : Ce sont des restrictions pour filmer les évènements sportifs vis-à-vis des sites de paris ou autres pour éviter la réutilisation des vidéos officielles. Ça c’est pareil, ils essayent de minimiser un peu la portée du truc, il faudrait regarder le détail, mais ce n’est pas clair.

Luc : Je crois que c’est un truc du genre : si on te prend avec ton téléphone portable dans un match de foot, on te le fait manger !

Manu : Ah ! C’est ce qu’ils ont fait aux Jeux olympiques. Méfie-toi, fais gaffe !

Luc : Ça c’est un truc sur le droit ; les évènements sportifs c’est l’occasion de réduire les droits de tout le monde ; tu n’as plus le droit de faire quoi que ce soit. Ton image appartient aux gens qui organisent.

Manu : Tu comprends, il y a des milliards d’euros en jeu ; on ne va pas laisser le péquin moyen filmer un match, le rediffuser sur Internet ? Non, non, non ! Ça ne va pas marcher.

Nico : De toutes façons maintenant il n’aura plus le droit, justement avec l’article 13.

Manu : Eh bien voilà ! Donc l’article 11 et l’article 13 qui nous embêtent bien. On peut résumer rapidement. On en a déjà parlé, les deux articles.

Nico : Pour résumer rapidement l’article 11 [article 13, NdT] c’est ce qu’on appelle les algorithmes de filtrage. Les ayants droit disent « si jamais vous mettez en ligne une vidéo, une musique qui a des droits d’auteur dessus, les plateformes de publication doivent le détecter et le bloquer ou rémunérer l’auteur ». Ça, aujourd’hui, ça a été entériné dans l’article 13. Globalement toutes les plateformes, il n’y a pas de discrimination particulière, toutes les plateformes doivent faire la détection de contenus sous copyright.

Luc : Automatiquement.

Nico : Et bloquer automatiquement, et bloquer les vidéos et le contenu indéfiniment.

Luc : Ça c’est l’article 11 [article 13, NdT].

Nico : Voilà. Et donc l’article 13 [article 11, NdT], c’est de mettre les liens. En fait, ça cible essentiellement Google Actualités ou les sites comme ça qui font du gros trafic en reprenant du contenu d’autres sites. Donc l’article 13 [article 11, NdT] instaure une taxe sur ces hébergeurs-là qui vont mettre à disposition du contenu.

Manu : Ces agrégateurs.

Nico : Ces agrégateurs et donc ils vont devoir payer à chaque visionnage des articles.

Luc : Manu, je te vois changer de couleur !

Manu : Oui, parce qu’en fait ce n’est pas dans le bon sens ! C’est tellement le bordel ! C’est l’article 11 qui parle des agrégateurs et l’article 13 qui parle des filtres sur Internet. Bon ! On les déteste ces trucs-là !

Nico : On n’en veut pas de toutes façons.

Manu : Oui, mais on risque de les avoir, ils ont été votés.

Luc : Nicolas sera fouetté. Mais les deux infos sont justes, on a juste une petite interversion. Donc ces machins ont été votés ; c’est assez abominable. Pourquoi ça pose problème sur cette partie de filtrage, premier point ?

Nico : Parce que ça va mettre en avant les GAFAM bien que les ayants droit pensaient justement tirer une balle dans le pied des GAFAM en disant « tiens on va les faire payer ».

Luc : Souvent on se tire une balle à soi en général, c’est l’expression.

Nico : Là ils se tirent une balle dans le pied eux-mêmes. En fait, ils pensaient bloquer les GAFAM en disant « vous allez devoir virer nos contenus, ne pas pouvoir les réutiliser ».

Manu : Payer !

Nico : Payer en plus, après, si vous voulez vous en servir. Et en fait eh bien non, les GAFAM, sont déjà prêts. Ils ont déjà Content ID par exemple sur YouTube qui strike toutes les vidéos à chaque fois que vous mettez.

Manu : C’est-à-dire qui vire, qui cible les vidéos qui contiennent des contenus qui enfreignent le droit d’auteur.

Nico : On a eu un bon exemple sur PSES.

Manu : Pas Sage En Seine.

Nico : Pas Sage En Seine. On a fait une vidéo avec un rickroll, on avait mis la musique de Rick Roll sur une bande son.

Manu : Ah ! C’est une sorte de troll.

Nico : On s’est fait striker la vidéo. Ils nous ont dit : « Eh bien non, vous devez mettre de la pub dessus parce que vous avez… », même pas 10 secondes, c’était en plus une parodie et tout ça. « Vous devez monétiser votre vidéo et vous devez donner de la tune aux ayants droit ».

Manu : Ça va plus loin que juste un filtre, il me semble que c’est un filtre qui va être mis en accord avec des sociétés d’ayants droit et donc les sociétés d’ayants droit vont probablement – parce qu’on va voir comment ça se réalise – leur filer des listes de tous les contenus qu’ils veulent voir suivis sur Internet et bloqués sur Internet. Le denier album de Madona vient de sortir ; ils vont donner la liste des mots-clefs qu’ils veulent bloquer, je suppose, peut-être des musiques, et Google, Facebook, vont peut-être bloquer ça.

Luc : Ils peuvent détecter des tas de choses.

Manu : Oui.

Luc : Ça pose plein de problèmes. Le premier c’est la fiabilité des systèmes puisqu’on sait que tout système automatique même s’il marche dans 99 % des cas, ce qui ne sera pas le cas, mais même si on c'est ultra performant, 1 % des cas ça fait quand même des millions de personnes et des millions de cas : on est nombreux sur Internet.
L’autre problème que ça pose c’est que, eh bien au final ce sont les ayants droit qui décident de ce qui peut être filtré et de ce qui leur appartient et donc si on n’est pas d’accord avec eux, tu cites le cas du dernier album de Madona on peut se dire que ça c’est clair. Mais après, on peut avoir des trucs où on dit est-ce que c’est dans le domaine public ou pas en fonction des pays ? Est-ce que je suis dans de la parodie ? Parce que j’ai le droit de faire une parodie !

Nico : Parodie ou droit de citation.

Luc : Ou droit de citation.

Nico : En France on a le droit d’avoir des courts extraits, vous avez le droit de les diffuser librement sans problème.

Luc : Du coup, ceux qui vont décider de où est la règle ce sont les ayants droit et ils vont mettre ça dans le code. Du coup, si on veut défendre nos droits, on se retrouve dans la position de devoir aller attaquer, de devoir prouver.

Manu : Et de montrer qu’on a le droit de faire ce qu’on a fait.

Luc : Et de pouvoir prouver qu’on a été coincé, qu’on a été bloqué parce que ce n’est pas évident puisque tout se passe sur leurs serveurs, etc. Du coup, on se retrouve dans une situation totalement dépendante, le truc totalement arbitraire : je peux dire « non, non, ça ça m’appartient » et après il faut aller se mettre 3000, 4000 euros d’avocat pour essayer de faire avancer le truc sans aucune garantie de succès.

Nico : Et puis il y a les faux positifs aussi. Il y a eu plusieurs fois le cas sur YouTube ou autre. Un musicien, par exemple, qui générait du bruit blanc, ce sont des bruits complètement aléatoires, eh bien sa vidéo s’est faite shooter aussi par l’algorithme parce qu’elle a été reconnue comme étant une composition de Mozart [de Bach, NdT]], je crois, et hop les ayants droit sont arrivés1, ont shooté la vidéo.

Luc : Et puis dès qu’on fait une vidéo qui fait plus de 4 minutes et 33 secondes2, si on ne met pas de musique, eh bien c’est une reprise.

Manu : Ah !

Luc : Eh Bien oui !

Luc : 4 minutes 33 de silence, c’est pourtant évident.

Manu : La référence !

Nico : En tout cas c’est très compliqué et après ça pose plein de problèmes parce que les algorithmes aujourd’hui il va falloir les mettre en place. Il y a des choses assez pointues dans cet article de loi justement : ça doit pouvoir détecter du coup des extraits ou autres ; il faut des algorithmes, des bases de données assez colossales pour faire ça. Donc il y aura un énorme frein d’entrée à tous ceux qui voudront se mettre sur ce marché-là des plateformes musicales ou vidéos parce qu’il va falloir acheter des bases de données ou les algorithmes pour faire cette détection ; il va falloir faire ça.

Manu : Et puis il va falloir se mettre d’accord, peut-être faire des contrats avec les ayants droit pour voir comment ils peuvent échanger les bases de données.

Nico : Acheter des bases de données.

Luc : Faire des choses que les ayants droit ont envie qu’on fasse.

Nico : Et aujourd’hui, malheureusement les GAFAM, eux, sont déjà opérationnels. YouTube ça marche très bien le Content ID, voire trop !

Luc : Avec tous les problèmes qu’on a évoqués.

Manu : On a un exemple. Peertube3 par exemple, qui est une petite plateforme qui est en train de monter, qui est en train de se mettre en place du côté de Framasoft, donc des amis, des gens qu’on aime beaucoup, eh bien cette plateforme-là de partage de vidéos, comment ça va se passer avec ce filtrage, cette censure d’internet ? Probablement qu’ils vont avoir du mal à le mettre en place.

Luc : C’est surtout que chacun a son instance : Nicolas qui monte son instance sur ses serveurs parce qu’il aime bien bidouiller des trucs, il peut, du jour au lendemain, se prendre des procès parce que comme c’est son instance, c’est lui qui sera responsable.

Nico : PeerTube c’est le bon exemple, c’est que nous on aime bien tout ce qui décentralisé et une instance PeerTube est connectée à toutes les autres. Donc si quelqu’un poste du contenu, vous allez automatiquement le répliquer, l’héberger chez vous, etc. Et donc eh bien oui, si quelqu’un met une vidéo illégale, ça va arriver chez vous et vous allez être responsable du contenu. Enfin c’est un vrai merdier juridique et donc tous les systèmes décentralisés se prennent une énorme balle dans le pied parce que ce n’est plus possible d’aller récupérer le contenu d’un tiers ; on en devient responsable.

Manu : Ça va loin parce que le partage de contenu c’est quelque chose d’assez universel dans Internet. Internet, tout le monde l’utilise, et ça va tellement loin que les associations de logiciel libre se sont plaintes, ont hurlé à la mort et ça a marché.

Luc : Et pas que le Libre d’ailleurs.

Manu : Et pas que le Libre, Wikipédia par exemple. Il y a eu des clauses, je n’ai pas regardé sous quelle forme exactement, qui ont été rajoutées et qui disent « non, non, non, on ne touchera pas aux plateformes de partage de code source. »

Nico : Ce sont les forges logicielles en général.

Manu : Exactement.

Nico : Tout ce qui va être plateforme de développement ou autre il n’y aura pas de…

Manu : OK ! Il faudrait voir pour Wikipédia aussi. Est-ce que Wikipédia va être obligée de mettre en place des filtres ?

Luc : Oui. Tu peux héberger plein de médias sur Commons ; il y a essentiellement des images, mais tu peux mettre des vidéos, tu peux mettre des sons, donc ils sont en plein dedans et ce n’est pas une forge de logiciels.

Nico : Ils risquent d’être impactés même si eux font quand même du travail de revue manuelle et autre, donc les plateformes ne sont pas sous copyright.

Luc : Certes !N’empêche que si quelqu’un débarque en disant « vous enfreignez le machin », ils peuvent se prendre des procès.

Nico : C’est compliqué !

Luc : Et puis ils sont censés mettre en place tous ces procédés.

Manu : Oui, c’est la loi !

Luc : Voilà, c’est la loi.

Manu : Donc là c’est de la censure automatique ; c’est encore mieux que la censure à l’ancienne où il y avait des censeurs ; c’est automatique !

Luc : On a une autre partie c’est la partie des liens. Là l’idée c’est que Google notamment, Facebook, donnent des tas de liens vers la presse et que du coup la presse a du mal à gagner de l’argent avec puisque, évidemment, quand ils passent toutes ces infos-là ce sont les GAFAM qui mettent leur pub à la place des médias. Bien sûr, la presse a défendu ça à mort, tout ce truc-là.

Manu : Ils ont fait un lobbying intense pour les articles 11 et 13.

Luc : Mais ça ne marchera pas !

Nico : On sait que ça ne marchera parce qu’il y a déjà eu l’exemple de l’Allemagne je crois.

Manu : L’Espagne.

Nico : Non, non l’Allemagne ; c’est l’Allemagne [Belgique, Espagne, et de nombreux autres pays, NdT]. Il y avait une boîte de presse qui avait porté plainte contre les GAFAM, surtout contre Google, en disant « vous faites plein de blé en mettant de la pub sur notre contenu que vous récupérez chez nous. Donc vous allez devoir payer. » Un tribunal a dit : « OK, Google doit vous payer à chaque fois qu’il y a un lien d’affiché ; il doit vous payer ». Google dit : « Ouais, il n’y a pas de problème, moi je ne vais pas vous payer, je vais vous enlever votre contenu ». Eh puis forcément, la visite du site de presse en question a chuté de 80 %. Donc ils n’avaient plus une tune qui rentrait, plus un seul visiteur, plus rien, donc ils sont allés pleurer chez Google, en disant « s’il vous plaît on n’appliquera pas cette décision de justice parce que si on demande à l’appliquer, de toutes façons on est morts ». Ça risque d’être assez drôle ce qui va se passer.

Luc : On peut se dire que si c’est la loi et que tous les médias en même temps le font, Google ne peut pas sucrer tout le monde, mais, d’une part, il y a des dispositions dans la loi qui disent qu’il faut le titre de l’article plus du texte, machin.

Nico : Il y a des conditions.

Luc : Ça décrit assez précisément ce qui est couvert par ça donc on peut très bien imaginer qu’ils changent la forme, donc qu’ils contournent complètement. Après, il faut rappeler qu’au début des moteurs de recherche, avant que Google arrive, on avait notamment des trucs tenus par France Télécoms où, pour figurer dans le moteur de recherche, il faillait donner de la tune, il fallait payer son entrée dans l’annuaire. Si on était une entreprise et tout c’était quand même des sommes assez importantes. Donc on peut tout à fait imaginer que Google choisisse de changer radicalement son système de fonctionnement et dise : « Vous voulez être en avant dans mon moteur, eh bien je mettrai en avant ce qui me coûte le moins cher ! »

Manu : Pourquoi pas !

Luc : Et voilà ! Celui qui tient le robinet a le pouvoir. Donc au final !

Manu : En tout cas ça embête bien les médias, et les médias puisque ce sont eux qui ont fait un gros travail là-dessus, ils ont tiré l’artillerie lourde, plein d’articles sont parus cet été, ce sont eux qui ont gagné contre les GAFAM et ils le revendiquent. Ils disent : « Nous on a battu les GAFAM ; on va se faire payer, on va sauver la citoyenneté et la démocratie. »

Luc : Au passage ils ont dit que tous les gens qui s’étaient mobilisés contre la loi c’étaient, en gros, des idiots utiles des GAFAM, c’est-à-dire nous. Donc on fait une prédiction qui est que tout ça ne va pas marcher. On verra dans deux ans si on s’est trompé ou pas.

Nico : Ça risque d’être un gros bordel en tout cas.

Luc : En tout cas mauvaise nouvelle pour commencer cette nouvelle saison. Mais on essaiera de trouver des trucs plus positifs pour la semaine prochaine.

Manu : Carrément. Bon eh bien à la semaine prochaine.

Nico : Bonne semaine à tous.

Luc : Salut.

Catégories: Open source

Le numérique eldorado des communs ? À la recherche du bien commun - Émission Entendez-vous l’éco?

jeu, 09/27/2018 - 15:22


Tiphaine de Rocquigny

Logo France Culture

Titre : Le numérique eldorado des communs ? À la recherche du bien commun
Intervenants : Judith Rochfeld - Sébastien Broca - Arjuna Andrade - Tiphaine de Rocquigny - En off : Richard Stallman - François Hollande - Amaelle Guitton - Satya Nadella
Lieu : Émission Entendez-vous l’éco ? - France Culture
Date : septembre 2018
Durée : 59 min
Écouter l'émission ou télécharger le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Carte partielle d'Internet Wikimedia Commons Licence Creative Commons Attribution 2.5 Generic. Logo France Culture Wikipédia
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Open source, Creative Commons, logiciels et licences libres… Internet semble être la concrétisation ultime de l'idée de communs. Mais face à des modèles économiques et de gouvernance de plus en plus menacés par de grandes puissances, le droit peine à s'adapter.

Transcription

Tiphaine de Rocquigny : Bonjour à tous, l’émission d’aujourd’hui a été préparée par Cédric Fuentes, Arjuna Andrade, Louis Drillon et Julie Delabrosse ; à la réalisation Élisabeth Miro, prise de son Jean Fredericks.

Voix off : Entendez-vous l’éco ?, Tiphaine de Rocquigny.

Tiphaine de Rocquigny : Troisième temps de notre semaine consacrée aux communs ; après avoir vu lundi que le commun se pensait difficilement sans la propriété privée, après avoir observé hier ce commun si singulier qu'est la nature, on s’intéresse aujourd’hui aux ressources inépuisables du numérique depuis l’Internet des origines jusqu’aux GAFA, les géants du Web. Quelles possibilités nous offrent les communs de la connaissance ? Le numérique serait-il l’eldorado des communs, le projet le plus abouti de cette théorie du partage et de l’auto-gouvernance ? Ou est-il au contraire menacé à l’heure, notamment, où le Parlement européen se penche sur une réforme contestée des droits d’auteur ?

Le numérique, un commun fragilisé, on en parle avec Judith Rochfeld, professeur de droit à Paris 1 et codirectrice du Dictionnaire des biens communs paru au PUF et Sébastien Broca, sociologue, maître de conférences à Paris 8 et auteur de Utopie du logiciel libre paru aux éditions du Passager clandestin. À 14 heures 50 on retrouvera Arjuna Andrade qui nous donnera des nouvelles de l’éco.

Voix off de Richard Stallman : En 83, j’ai lancé le mouvement logiciel libre en annonçant le projet de développer un système d’exploitation qui serait 100 % composé de logiciels libres, sans une seule ligne de code privateur : Windows, Mac OS, la moitié d’Android et tous les systèmes des monstres d’Apple, ces systèmes sont plus ou moins privateurs. Mais moi j’étais informaticien, j’étais programmeur, je travaillais dans un laboratoire au MIT où nous utilisions un système d’exploitation libre, développé principalement par nous. Au commencement le logiciel libre existait partout, mais dix ans plus tard, tout ça avait disparu, sauf dans notre laboratoire. C’était une île de liberté dans un monde soumis au pouvoir des développeurs commerciaux du logiciel.

Tiphaine de Rocquigny : Bonjour Judith Rochfeld et Sébastien Broca.

Judith Rochfeld : Bonjour.

Sébastien Broca : Bonjour.

Tiphaine de Rocquigny : On entendait le développeur Richard Stallman nous parler de la révolution du logiciel libre dans les années 80. Ce qu’il faut commencer par dire, peut-être, c’est que dès les origines d’Internet ses créateurs ont voulu en faire un gigantesque commun mondial, Sébastien Broca.

Sébastien Broca : Oui. Et je pense qu’on peut dire que depuis l’origine Internet est un commun même s’il n’a pas toujours été, peut-être, théorisé comme tel. C’est vrai que par exemple les protocoles qui sont à la base d’Internet, les protocoles TCP-IP notamment, sont des protocoles ouverts, donc on peut considérer que ce sont des communs. Après, si on reprend l’histoire de l’informatique, c’est ce qu’évoquait Richard Stallman dans l’extrait qu’on a entendu, pendant longtemps, jusqu’au début des années 80, les programmes informatiques étaient librement partagés entre les informaticiens ; on pouvait aussi les considérer comme des communs.
Après les choses n’étaient pas forcément théorisées comme telles et du reste là, Richard Stallman qu’on vient d’entendre ne théorise pas les choses en termes de communs, en termes de logiciel libre ; c’est peut-être plutôt dans un deuxième temps ensuite, dans les années 90-2000, qu’on s’est aperçu que les logiciels libres, comme d’autres réalités, pouvaient être intégrés au sein d’une réalité plus large que sont les communs.

Tiphaine de Rocquigny : Internet comme un grand commun ; c’est un esprit qui est résumé par la devise des premiers utilisateurs d’Internet rough consensus and running code, « consensus sommaire et code courant », Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : Oui et je pense qu’il faut que l’on évoque une actualité qui est très, très importante. Je me permets de la ramener vers nous aujourd’hui, parce que Internet comme un grand commun est menacé : l’Agence des communications américaine qui avait qualifié juridiquement ou en tout cas symboliquement Internet de bien public mondial – ce qui rien n’était pas rien – pour assurer que chacun puisse y faire transporter tous les contenus qu’il souhaitait et que la liberté d’expression, la liberté d’information, soient garanties ; or, on assiste à un retour en arrière, très contesté de l’administration Trump, qui rencontre beaucoup de résistance de la société américaine et de certains États américains. On n'en est pas moins en plein dans une question d’actualité à savoir, effectivement, si l'on va ré-installer des obstacles ou des barrières, des discriminations, des différences entre les contenus selon que l’on paie ou non, selon sa taille, etc. On est vraiment dans une question d'actualité [cruciale, Note de l'orateur].

Tiphaine de Rocquigny : On va revenir sur ces questions d’actualité, en effet, mais restons un peu sur ces débuts d’Internet. On entend ce mantra Code is Law, c’est le code qui fait la loi ; c’est une expression du juriste américain Lawrence Lessig qui émerge en 2000 ; ça signifie que les grandes décisions techniques sont porteuses d’enjeux sociaux décisifs et qu’elles doivent donc être considérées comme profondément politiques, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Oui, je suis tout à fait d’accord. C’est vrai que quand Lessig dit ça il est très influencé par, justement, le discours de Richard Stallman et ce qu’a montré le mouvement du logiciel libre qui, en fait, a été pionnier en ce sens que dès les années 80 — alors que finalement peu de gens en avaient conscience et puis c’était difficile d’imaginer le poids que l’informatique, les technologies numériques, prendraient dans notre monde peut-être — donc Richard Stallman avec une certaine prescience, disons, comprend dès les années 80 que ce en sont pas simplement des enjeux techniques, mais il dit « le logiciel libre est un mouvement social » parce qu’il est porteur d’enjeux politiques, sociaux, économiques aussi ensuite, mais surtout politiques et sociaux que lui comprend essentiellement à travers la question de la liberté de l’utilisateur. Pour lui, les programmes qu’il appelle privateurs ou propriétaires privent les utilisateurs d’un certain nombre de libertés : liberté d’exécuter ces programmes, de les copier, de les modifier et donc, pour lui, il faut rendre ces libertés aux utilisateurs. Donc le logiciel libre est un mouvement social et politique qui vise à préserver les libertés de tous les utilisateurs.

Tiphaine de Rocquigny : Peut-être faut-il maintenant définir ces communs numériques qui font partie des communs de la connaissance. Quels sont leurs spécificités, Judith Rochfeld, par rapport aux autres communs, par exemple l’eau, la terre qu’on évoquait hier, au-delà du fait que ce sont des communs immatériels et non matériels ?

Judith Rochfeld : Oui. Je vais juste me permettre au préalable de revenir sur deux visions que l’on peut avoir du commun [ou des communs, Note de l'orateur] et qui sont très présentes chez les penseurs du numérique. D'un côté, on a une vision très large qui est celle de mise en partage de certains éléments de connaissance, d’informations, de données, voire d’œuvres si elles sont passées dans le domaine public ; enfin tout ce qui peut être mis en partage, accessible à tous, c’est la vision, je dirais, très large des communs numériques.
Et puis, d'un autre côté, il y a une vision beaucoup plus étroite qui serait le sens de « communs » – commons, au sens plus étroit ; là on ajouterait à l’idée que c’est accessible à tous et mis en partage, les idées qu’on a une ressource — une information, des données, des œuvres par exemple — à l'égard de laquelle on va distribuer des droits très précisément et qui sera gouvernée selon des règles que la communauté aura acceptées et qu’elle se voit imposer.

Donc on a vraiment les deux classes de communs, je dirais, qui sont présents dans le monde numérique. Mais qu’est-ce qu’auraient de spécifique, si on va par là, les communs numériques ? D'une part, techniquement déjà, leur spécificité tient en ce qu’ils permettent une reproduction très facile, un accès très aisé : on peut créer, recréer à partir d’éléments qui sont sous forme numérique. Techniquement donc, ils incluent le partage, ils sont beaucoup plus ouverts que d’autres ressources, bien que, en général on parle de communs à partir des ressources qui excluent difficilement les autres ; techniquement le partage est rapide, facile. Et puis, d'autre part, si l'on revient à ce qui a déjà été croisé comme philosophie ou comme sociologie de l’Internet et du numérique, c’est vrai que, à l’origine l’idée de partage, l’idée de liberté d’information, de création, grâce à ces moyens techniques très aisés, était intrinsèque ou, en tout cas, si on ne veut pas faire de l’essentiel, était dans la sociologie, dans la philosophie des premiers participants.

Tiphaine de Rocquigny : Donc si je vous comprends bien, c’est aussi cette idée que ces biens, ces communs numériques sont non rivaux, c’est-à-dire une information peut servir à plusieurs personnes contrairement à une ressource matérielle. Et aussi le fait que les plateformes numériques s’enrichissent au fur et à mesure des données d’usage, c’est-à-dire que ce sont les contributions qui font la valeur. C’est ça aussi la spécificité ?

Sébastien Broca : Oui, tout à fait. C’est vrai qu’on peut dire que la spécificité des communs numériques ou informationnels c’est qu’ils sont, en général, pas tout le temps mais beaucoup d’entre eux, d’accès universel ; c’est le cas de Wikipédia ou des logiciels libres parce que, vu qu’il n’y a pas d’enjeu d’épuisement de la ressource, ça c’est lié au caractère non rival, ils peuvent être accessibles à tous. Ça c’est ce qui les distingue souvent des communs du monde physique. Finalement, quels problèmes posent ces communs ? Ils posent souvent des problèmes qui n’ont pas trait tant à leur consommation, puisque celle-ci est non rivale, mais à leur production.
Donc la question c’est comment est-ce qu’on va faire pour produire ces communs, qui va les produire, dans quelles conditions et puis éventuellement, avec quelle forme de rémunération ou de rétribution ? Donc là, on commence à toucher aux liens des communs avec l’économie et notamment l’économie numérique.

Tiphaine de Rocquigny : Le début des années 2000 marque un tournant dans la culture du commun dans le numérique avec la création de la licence Creative Commons par Lawrence Lessig.

Voix off de Lawrence Lessig – voix off du traducteur : Les Creative Commons1 représentent une initiative non lucrative mise en place dans le but de facilité l’expression de la liberté que les artistes et les créateurs portent à travers leurs œuvres.
Il ne s’agit pas d’une liberté totale, ces artistes ne renoncent pas à tous les droits associés à leur créativité, mais beaucoup d’entre eux reconnaissent librement qu’une partie de leur créativité provient de celle d’autres personnes sans pour autant craindre un quelconque avocat ou se poser la question de la responsabilité juridique. Et ce que nous voulions c’était faire en sorte que ce soit facile pour eux de le reconnaître.
Nos licences marquent donc le travail créatif du sceau de la liberté qui va de pair avec ce travail. Vous êtes donc libres de remixer le travail, libres de l’utiliser à des fins non commerciales et même, dans certains cas, de l’utiliser pour des fins commerciales sans avoir les besoins d’un juriste en amont. Et en retirant les juristes du processus, les créateurs peuvent à la fois représenter ou faire reconnaître et protéger leur propriété intellectuelle, mais aussi inviter d’autres personnes à rejoindre ce processus créatif, sans avoir à redouter des questions de responsabilité juridique qui seraient liées.

Tiphaine de Rocquigny : Lawrence Lessig expliquant les principes des Creative Commons, c’était en 2010. Donc il y avait des logiciels libres2 ; à partir de ce moment il y a également des licences libres. Est-ce que vous pouvez d’abord nous expliquer simplement la différence entre les deux, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Les licences libres ça vient effectivement du monde du logiciel, les logiciels libres, et les Creative Commons arrivent dans un deuxième temps, elles sont créées en 2003, alors que la licence libre emblématique, la General Public License, est crée à la fin des années 80. Donc c’est une sorte de deuxième phase où Lawrence Lessig, grandement inspiré par Richard Stallman, se dit : il faut créer des outils juridiques qui n’existent pas pour que tous les créateurs, pas simplement les informaticiens, mais aussi les artistes, les universitaires, puissent choisir librement sur leurs œuvres quelles prérogatives ils veulent garder pour eux, de manière exclusive, et quelles prérogatives ils sont prêts à accorder à leurs utilisateurs, par exemple le droit d’utiliser commercialement leur œuvre ou le droit de la modifier. C’est ce qu’explique Lessig dans l’extrait qu’on a entendu. Le but des Creative Commons c’est vraiment de faire quelque chose qui est un peu « à la carte », on pourrait dire, en tout cas de donner le choix aux créateurs entre différentes licences pour vraiment choisir, avec un niveau de granularité assez élevé, ce qu’ils veulent garder comme prérogatives et ce qu’ils veulent accorder à leurs utilisateurs.

Tiphaine de Rocquigny : Oui. Parce qu’il faut dire que c’est à la fois un complément au droit d’auteur, un label communautaire et une philosophie du partage qui se décompose en six licences différentes qui comportent chacune un degré de liberté différent, Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : Oui et ça nous fait toucher du doigt quelque chose qui est quand même au cœur des communs et de la réflexion, c’est l’utilisation, la subversion de la propriété. C’est-à-dire que l'on va accorder, permettre par contrat d’adhésion avec des choix un peu différenciés, à un créateur d’utiliser sa propriété intellectuelle pour proposer aux autres de participer, proposer aux autres de collaborer avec lui, éventuellement proposer de rester dans la communauté, puisqu’il y a des montages différents — vous pouvez partager à l’identique ou pas, vous pouvez choisir des versions différentes. Donc, sur le fondement d’une propriété intellectuelle qui, à l’origine avait été le bloc contre lequel certains s’étaient élevés, pas tous, mais en tout cas dont l’extension avait déclenché une résistance chez certains, sur ce fondement-là, par subversion, on va proposer de s'en servir autrement [une autre utilisation, du partage, Note de l'orateur].
C’est une ligne directrice dans les communs qui fait que l’on commence à regarder la propriété autrement, pas seulement pour l’exclusion qu’elle représente [mais aussi par l'inclusion, Note de l'orateur].

Tiphaine de Rocquigny : L’idée de Lawrence Lessig c’est que c’est le caractère « commun » d’Internet qui permet l’innovation. Est-ce que vous êtes d’accord avec cette vision ? Est-ce que c’est nécessairement ce caractère «commun » qui permet l’innovation, le renouvellement, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Oui. Ce qui est certain — c’est la fameuse métaphore qu’on prend souvent du standing on the shoulders of giants — c’est l’idée que tous les auteurs et les créateurs, finalement, sont juchés sur les épaules de ceux qui les ont précédés et ont besoin d’accéder à l’information, à la connaissance passée pour créer. Donc de ce point de vue-là c’est tout à fait exact.
Je voudrais ajouter peut-être un petit complément à ce que vient de dire Judith qui me semble intéressant, c’est de revenir sur la création des Creative Commons en 2003 par Lessig. Pourquoi est-ce qu’en fait il a cette idée ? Il a cette idée parce que, auparavant, il s’est battu contre une loi d’allongement du copyright, c’est le Copyright Term Extension Act de 1998 aux États-Unis, qui porte le copyright à 70 ans après la mort de l’auteur et 95 ans après publication pour les copyrights d’entreprise. Et Lawrence Lessig trouve que cette loi est une loi scélérate qui vraiment allonge de manière indue la durée du copyright. Donc il va jusqu’à la Cour suprême pour essayer de faire invalider la loi en arguant du fait que dans la Constitution américaine, normalement, le copyright est censé être subordonné au fait de promouvoir la progression des sciences et des arts utiles. Donc Lessig dit « eh bien non, l’allongent du copyright ne fait rien, justement, pour promouvoir la créativité des sciences et de la culture ».
Sauf que la Cour suprême lui donne tort et c’est finalement suite à cet échec de changer les choses par le biais de la politique institutionnelle, par le biais de la loi qu’il se dit : bon, eh bien dans ce cas-là je vais faire ce qu’il appelle un hack privé, je vais créer de nouveaux outils qui vont permettre de faire, en quelque sorte, du domaine public volontaire puisqu’on ne m’a pas permis de faire du domaine public par le biais de la loi.

Tiphaine de Rocquigny : Aujourd’hui il y a plus d’un milliard d’œuvres qui circulent sous une licence Creative Commons sur Internet et, en janvier 2012, il y a un accord qui a été signé entre Creative Commons et la Sacem, qui met en place une option sur le site de la Sacem qui permet aux membres de choisir les licences Creative Commons à condition que l’utilisation de l’œuvre ne soit pas commerciale. On peut dire qu’aujourd’hui les Creative Commons continuent de se développer ou, d’une certaine façon, c’est une façade, Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : La réponse est un peu paradoxale. Oui, du point de vue des Creative Commons. Avec énormément de difficultés juridiques néanmoins parce que ce sont des agencements qui ne sont pas faciles ; que le respect des contrats n'est pas forcément facile, par exemple entre pays ; que, s’il y a des œuvres variées ou de composantes diverses [son, image, etc., Note de l'orateur] c’est compliqué. Et par ailleurs, d’autres directions qui auraient été vers une mise en partage de certaines œuvres n'ont pas été suivies. Je pense par exemple à la reconnaissance d'un domaine public informationnel volontaire, où l’auteur aurait pu faire passer dans le domaine public son œuvre – on peut tout à fait en discuter, il y a des inconvénients, il y a des avantages, je ne les reprends pas ici –, mais ça avait par exemple été proposé en 2016 lors de la discussion de la loi pour une République numérique ; [on avait évoqué l'idée, Note de l'orateur] de porter une protection particulière à ce domaine public informationnel afin que l’usage de tous soit protégé — ça c’est une chose — mais également, sur un autre versant, cette possibilité pour l’auteur de décider que son œuvre serait une chose commune ou qu’elle passerait dans le domaine public de la propriété intellectuelle, l’envers de la propriété intellectuelle ou un certain envers de la propriété intellectuelle. Et il est vrai que pour des difficultés juridiques, pour des difficultés aussi philosophiques, cette direction n’a pas été suivie ; ça n’a pas été une réussite.
Donc on a des avancées, des reculs, ce qui est tout à fait normal ; en tout cas c'est conflictuel, et on a aussi ces créations qui, dans la pratique – on peut citer Wikipédia qui est sous Creative Commons – qui fonctionnent et qui donnent une vitrine importante à ces licences.

Tiphaine de Rocquigny : À cette initiative. Alors les communs numériques ne sont donc pas strictement libres d’accès puisqu’ils sont régis par des licences. Pourquoi est-ce que c’était nécessaire ? C’est ce qu’on va voir maintenant car aujourd’hui les communs font face à différents types de menaces, vous l’avez dit. Yann Moulier-Boutang parle de risque, je cite, « d’enclosure des communs intangibles de l’esprit, c’est-à-dire un risque de privatisation de ces communs immatériels ». Qu’est-ce qu’il entend par là, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Ce qu’on entend en général par enclosure c’est que des ressources qui étaient ouvertes, largement accessibles, se retrouvent refermées parce qu’on y remet une forme de propriété exclusive. Donc c’est vrai que c’est toujours une des menaces qui pèsent sur les communs, c’est qu’effectivement ces ressources soient de nouveau encloses.
Cela dit les communs sont quand même, le mouvement des communs, plutôt, a réussi à créer un certain nombre d’outils assez robustes pour résister à ces menaces et c’est notamment l’outil du copyleft ; ça vient encore du logiciel libre ; c’est cette idée que dans la licence qui s’applique à votre logiciel libre vous mettez une clause qui, justement, empêche un acteur privé de s’approprier le code, le logiciel, et de l’enclore à nouveau. Donc de ce point de vue-là on a quand même des outils juridiques, maintenant, qui sont assez robustes pour éviter ces phénomènes d’enclosure.
Là où à mon avis les problèmes sont plus sérieux, et là on a moins de réponses, c’est sur la question du financement de la production de ces communs et de la rémunération de ceux qui les font. À mon avis, la problématique est aussi là-dessus aujourd’hui.

Tiphaine de Rocquigny : Justement en juin 2018, la directrice exécutive de la Wikimedia Foundation a publié sur le site Wired un article qui exigeait que les multinationales, Facebook et Google, donnent plus d’argent à Wikipédia et elle partait du constat que ces deux plateformes utilisent de plus en plus les contenus de Wikipédia pour enrichir leurs propres offres. C’est notamment via les assistants vocaux de type Siri ou Alexa qui renvoient directement sur des articles Wikipédia lors de demandes d’information. Comment expliquer cette démarche de la part de la Wikimedia Foundation et quels problèmes est-ce que cela pose, Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : Cette démarche s’explique assez facilement. L’un des modes de financement des communs — on peut en discuter par ailleurs — c'est le don ; c’est le don individuel, c’est le financement participatif ; c’est le fait que certains vont donner de leur temps pour développer un logiciel, pour écrire une contribution. On n’a pas encore beaucoup parlé de science participative, mais il y a beaucoup d’outils numériques également dans ce domaine : vous allez photographier l’oiseau qui est dans votre jardin ou dans votre forêt, l’envoyer à la plateforme citoyenne qui va proposer une cartographie de l’animal, de l’espèce. Donc on a énormément de contributions, soit en travail, soit en organisation, en gouvernance ou autres, qui font qu'on a à financer une partie de cette participation [qui appellent à un don ou à un financement, Note de l'orateur].
L’un des financements assez classique, effectivement, c’est le don. Le problème que cela pose tout à fait directement, c’est de se mettre sous la dépendance d’un financeur, qui plus il sera généreux plus risque de vous demander des retours sur investissement ou que les usages ou contenus que vous proposez soient orientés. Je ne dis pas du tout ça pour Wikipédia, mais voila l’un des problèmes dans l’abstrait que cela peut poser.

Tiphaine de Rocquigny : Et le problème, peut-être, c’est que Wikipédia est en quelque sorte victime de son succès. Alors le problème ce n’est peut-être pas tant la surexploitation puisqu’elle est quasiment impossible quand on parle de ressources immatérielles comme on l’a vu, mais c’est bien l’épuisement du noyau des contributeurs, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Oui, c’est vrai. Par exemple je voyais, pas plus tard que ce matin, un article dans la revue Wired, revue américaine, qui propose une nouvelle fois, mais c’est un vieux serpent de mer, de rémunérer les contributeurs à Wikipédia en disant qu'une des manières, justement d’éviter ce que vous venez de dire, à savoir l’épuisement du noyau des contributeurs, ce serait de rémunérer ceux-ci.

Tiphaine de Rocquigny : Sauf qu’on serait loin de l’esprit des communs !

Sébastien Broca : Voilà ! Sauf qu’on serait loin de l’esprit des communs et que ça pose tout un tas de questions, effectivement, sur l’indépendance des contributeurs, savoir par qui ils seraient rémunérés, dans quel sens ça influe sur leurs contributions, sur la manière dont on va déterminer les montants : est-ce que corriger trois fautes d’orthographe, du coup, ça donnera une contribution ? Est-ce qu’une contribution c’est uniquement faire un article quasiment dans son entièreté ? Etc. Donc vous avez plein de questions qui sont très difficiles et c’est vrai que, de manière générale, effectivement il y a une tension entre la culture des communs et cette question de la rémunération qu’il n’est pas facile de traiter.

Tiphaine de Rocquigny : Et cela alors même qu’on aurait pu croire que le numérique, justement, allait pouvoir dépasser cette fameuse tragédie des communs dont parlait Hardin dans les années 60, quand il expliquait que les communs n’étaient pas viables ; il parlait alors des ressources matérielles. C’est une sorte de nouvelle tragédie des communs, revisitée, à laquelle on assiste, Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : Oui, d’une certaine façon c’est une nouvelle tragédie des communs, ou c’est l’une des tragédies du commun pour ceux qui sont intangibles. Lessig, par exemple, l’avait très bien identifié parce qu’il opposait systématiquement difficulté de surexploitation pour les ressources naturelles et difficulté de production pour les ressources intangibles.
C’est difficile de compter à long terme sur de la gratuité, de la participation, du volontariat, même si on constate quand même que c’est une sorte d’économie très forte et qui se maintient avec beaucoup de participation citoyenne par exemple.

Tiphaine de Rocquigny : L’un de problèmes c’est que les communautés du logiciel libre se sont placées en quelque sorte elles-mêmes dans une situation de fragilité en recourant à des infrastructures qui peuvent facilement être capturées, rachetées par le capital. On a un exemple récent, le rachat de GitHub par Microsoft pour un montant de 7,5 milliards de dollars ; c’était en juin dernier. GitHub c’est la bible des développeurs du monde entier et elle appartient désormais au géant du Net américain Microsoft connu, lui, pour sa suite logicielle fermée, Windows [Microsoft Office, NdT]. Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, s’en explique.

Voix off du traducteur de Satya Nadella : La chose la plus importante avec la communauté GitHub est de rester fidèle au fondement même de l’ethos developer-first que GitHub a d’ailleurs toujours eu.
Le fait est que Nat Friedman devienne le CEO [chief executive officer], que c’est un vétéran de l’open source et qu’il va diriger l’entreprise du coup avec cette idée. Chris [Wanstrath] qui est le CEO de GitHub et moi-même avons d’ailleurs énormément discuté de l’ethos de la compagnie et elle restera la même, fonctionnera indépendamment. Ce sera une plateforme ouverte en fait. Et je pense que la plupart des développeurs vont nous juger à nos actions récentes et nos actions vont de l’avant. Nous allons devoir gagner la confiance de chacun au quotidien et nous y ferons particulièrement attention, mais nous sommes excités, car je pense qu’à la base Microsoft est une compagnie de développement d’outils, c’est donc quelque chose qui nous vient très naturellement. Et honnêtement, gagner la confiance de nos clients par nos actions quotidiennes c’est notre façon de vivre.

Tiphaine de Rocquigny : Le PDG de Microsoft Satya Nadella. Ce qu’on voit c’est que les entreprises ont très bien compris l’intérêt qu’elles pouvaient avoir à racheter ce type de plateforme, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Oui. Et puis l’extrait qu’on vient d’entendre est assez intéressant. On voit bien l’exercice de relations publiques auquel a dû se livrer le PDG de Microsoft étant donné que, quand même historiquement, Microsoft est l’ennemi du logiciel libre et de l’open source. Le précédent PDG, Steve Ballmer, avait qualifié le logiciel libre de cancer, quand même, à la fin des années 90.

Tiphaine de Rocquigny : Là on a un retournement de veste complet.

Sébastien Broca : Donc on a un retournement assez complet et qui est intéressant parce qu’en fait, au-delà du seul cas de Microsoft, ce qu’on voit c’est qu’on avait, jusqu’aux années 2000, une opposition finalement assez frontale entre les communs qui étaient essentiellement développés dans un monde non marchand et, de l’autre côté, le monde de l’économie de la connaissance, symbolisé notamment par Microsoft. Et en fait les frontières sont devenues beaucoup plus poreuses puisqu’on voit que des grands acteurs du numérique ou de grandes plateformes, Microsoft mais aussi évidemment Google, Facebook et d’autres, s’appuient maintenant de plus en plus sur certains communs, notamment le logiciel libre mais aussi Wikipédia comme vous l’avez mentionné tout à l’heure. Donc de ce point de vue-là on a un contexte qui est bien différent de ce qu’il était il y a 20 ans.

Tiphaine de Rocquigny : Et alors est-ce que Microsoft avait besoin de racheter GitHub ? Comment comprendre ce rachat Judith Rochfeld ? Et on peut noter aussi ce terme d’ethos qui est mobilisé énormément par le PDG de Microsoft, Satya Nadella.

Judith Rochfeld : Déjà je voudrais juste faire un ajout à ce que vient de dire Sébastien concernant cette articulation des deux sphères : il y a avait aussi les travailleurs d’IBM, de Microsoft ou d’autres grands du numérique ou de l’informatique qui étaient mis à l’ouvrage pour développer du logiciel libre. L’introduction de briques de logiciels libres dans des logiciels propriétaires fait qu’on a eu ces articulations et on a eu un intérêt, de la part de ces grands, envers le libre. Ils ont ressenti un intérêt à s’investir sur ce territoire des communs qui était assez productif, en fait, de codes sources.

Tiphaine de Rocquigny : Dans quel sens ?

Judith Rochfeld : Eh bien leurs productions étaient suffisamment remarquables pour que ce soit intéressant [pour eux d'en récupérer une partie, Note de l'orateur], beaucoup de logiciels intégrant des briques de code source qui avaient été développées par ailleurs. Donc l’imbrication était très forte.

Tiphaine de Rocquigny : Sébastien Broca.

Sébastien Broca : Il me semble que, d’une manière peut-être un peu schématique, on peut dire que si on se place du point de vue de ces entreprises, l’intérêt des communs c’est quand même de baisser le coût du travail nécessaire à la production d’un certain nombre de biens et de services. Ça c’est ce qu’on a bien vu avec l’exemple de Linux qui est devenu, en fait, un sorte quasiment de joint-venture entre toutes les grandes entreprises de l’informatique et du numérique qui, du coup, ont demandé, à partir de la fin des années 90 — et IBM effectivement était précurseur dans cette histoire — à leurs salariés de contribuer à Linux.
L’intérêt pour ces entreprises c’est, d’une part, que Linux leur permet de mutualiser leurs dépenses de R&D : au lieu de faire chacun dans leur coin la même chose, eh bien ils envoient chacun un certain nombre de leurs salariés travailler sur Linux et tout le monde profite de la ressource. Et puis, le deuxième intérêt, c’est que ça leur permet aussi de bénéficier d’un travail qu’ils n’ont pas à payer et qui est le travail gratuit, bénévole, d’un certain nombre de développeurs.

Donc voilà, l’intérêt des communs du point de vue du capital, pour le dire comme ça, c’est de baisser le coût du travail finalement.

Tiphaine de Rocquigny : On assiste en tout cas à un mouvement assez général. Elon Musk, le fondateur de SpaceX et de Tesla, a contribué en décembre 2015 au projet OpenAI pour intelligence artificielle qui innove en open source ; même chose chez Google qui, en novembre 2015, a libéré le code source de Tensorflow, sa plateforme d’intelligence artificielle. Alors l’open source se développe avec quelles conséquences ? On écoute les explications d’Amaelle Guitton journaliste spécialiste du numérique à Libération.

Amaelle Guitton en off : On a beaucoup de jeunes développeurs qui ont l’habitude de travailler de manière collaborative, donc ça change aussi un peu les manières de faire. Et puis ils se sont tout simplement rendu compte que pour les aspects, on va dire, non différenciants, pour les briques de base, eh bien effectivement l’open source c’est plutôt une bonne affaire, parce que justement tout le monde participe, ça permet d’aller vite, etc. Et en fait on se retrouve dans la situation où on a effectivement du Libre et de l’open source dans plein d’endroits, c’est ça qui fait tourner des serveurs web, ce sont les briques d’Android — d’ailleurs Android est en grande partie open sourcemais pas totalement —, donc on va dire effectivement les matériaux sont de plus en plus ouverts, on a de plus en plus de Libre et d’open source. En revanche, dès qu’on est dans le produit fini, c’est là que ça se referme et donc dire que l’open source et le Libre ont gagné, c’est très trompeur ; ça a effectivement gagné dans plein d’endroits, y compris parce que les fabricants eux-mêmes, les éditeurs, se sont rendu compte que c’était rentable et dès qu’on arrive à l’utilisateur, c’est-à-dire en bout de chaîne, c’est là que tout se referme petit à petit.

Tiphaine de Rocquigny : Donc on entend effectivement cette idée que l’open source aurait gagné est fausse selon Amaelle Guitton de Libération. On voit aussi Uber et Airbnb qui détournent et capturent à leur profit les dynamiques collaboratives. Vous avez cité Linux ; c’est effectivement un cas assez différent qui reste libre. Mais dans ce cas, par rapport à ce que vous avez dit, est-ce qu’on peut considérer qu’il s’agit toujours d’un commun dans la mesure où il n’est plus autogouverné au sens où l’entend la théorie des communs, Judith Rochfeld ? Est-ce qu’on peut encore considérer Linux comme un commun ?

Judith Rochfeld : Une fois que c’est enfermé par une plateforme, qui se l’approprie avec une propriété plus classique, non. Et sur ces questions [et ce constat, Note de l'orateur] ce qui est aujourd’hui discuté précisément c’est soit de s’opposer complètement à cette direction, soit, dans une autre direction — pas forcément antinomique — de se demander comment on pourrait leur imposer une réciprocité. Comment on peut vérifier une participation aux communs ? Est-ce qu’on peut les obliger à contribuer ? Est-ce qu’on peut les obliger à ouvrir ? Il y a toutes ces questions sur la table.

Par ailleurs, on parle beaucoup du logiciel, mais on a des questions qui sont aujourd’hui analogues sur les données, c’est-à-dire de l'utilisation par ces plateformes, qui peuvent développer de l’intelligence artificielle, à partir de nos données — de comportements, de nos navigations sur Internet, de nos reconnaissances d’un chat, d’un panneau, d’un chien, d’une voiture — donc de données qui reflètent nos comportements à tous, qui permettent de développer de l’intelligence artificielle : est-ce qu’il faut forcer – et l’Allemagne est en train d’y penser très sérieusement –, à une mise en partage ? Mais quoi qu'il en soit, on n’est pas dans un commun gouverné, on serait [on ne serait « que », Note de l'orateur] dans une obligation de mise en partage du type « c’est une infrastructure essentielle », « c’est une base de laquelle tout le monde doit partir pour innover et vous allez être forcé à les ouvrir pour que tout le monde participe ».
Donc on a plusieurs, je dirais, réactions possibles qui sont aujourd’hui sur la table, qu’elles soient étatiques ou avec des propositions de réciprocité.

Tiphaine de Rocquigny : Toute la question en effet, Sébastien Broca, c’est comment soutenir ces infrastructures, sans tomber dans un modèle commercial qui est à l’opposé de l’esprit des communs ?

Sébastien Broca : Oui. Alors ce n’est pas forcément, je vais dire, le modèle commercial en tant que tel, le fait qu’il y a des modèles économiques autour des communs ou le fait que les gens gagnent de l’argent avec des communs. Certains peuvent le refuser, mais moi je ne considère pas que ça soit forcément un problème.

La question c’est plutôt: quels modèles économiques sont respectueux des spécificités des communs ? Et c’est vrai que ce qu’on voit avec un exemple comme Linux c’est qu’en fait Linux reste, pour répondre à votre question de tout à l’heure, Linux reste un commun dans la mesure où la ressource, le code est quand même protégé par des licences, donc il n’a pas été enclos, justement on parlait d’enclosure tout à l’heure ; donc le code, en quelque sorte, reste un commun. Par contre, là où ce n’est plus vraiment un commun « chimiquement pur », c’est qu’au niveau de la gouvernance, on a une gouvernance qui est quand même assurée par ces entreprises et plus vraiment quelque chose qui est autogéré par des contributeurs. Donc c’est ça qui différencie par exemple Wikipédia de Linux, me semble-t-il.

Tiphaine de Rocquigny : On pourrait par exemple créer des licences originales dont l’usage commercial serait réservé aux créateurs de la ressource ? C’est une des options qui sont sur la table.

Sébastien Broca : Oui. Il y beaucoup de réflexion depuis quelques années sur le fait justement de créer de nouvelles licences pour discriminer entre les différents utilisateurs des communs numériques. Soit on va discriminer, si vous voulez, en regardant qui fait quoi, qui contribue. Donc les entreprises par exemple qui ne contribuent pas ne pourraient pas utiliser la ressource alors que celles qui contribuent à enrichir le commun pourraient l’utiliser. Soit, dans d’autres propositions, vous avez des distinctions plus politiques, on va dire : les entreprises lucratives n’ont pas le droit d’utiliser le commun, mais des coopératives ou des associations pourraient le faire, par exemple.

[Pause musicale]

Voix off : Vous écoutez France Culture Entendez-vous l’éco ?, Tiphaine de Rocquigny.

Tiphaine de Rocquigny : On écoutait Truckin', extrait de l’album American Beauty sorti en 1970, album des Grateful Dead dont le parolier est John Perry Barlow, mort en février dernier, était un pionnier de l’Internet libre, il est notamment l’auteur d’une Déclaration d’indépendance du cyberespace3 devenue mythique.
On est toujours avec Judith Rochfeld, professeur de droit à Paris 1 et Sébastien Broca, sociologue, maître de conférences à Paris 8 ; on parle des communs numériques. On va maintenant poser la question du rôle de l’État. Quel peut et quel doit être le rôle de l’État ? On écoute le point de vue de François Hollande ; c’était le 20 septembre 2016.

Voix off de François Hollande : La priorité c’est de partager les biens communs numériques qui permettent que cette invention formidable, ces technologies qui permettent de faire circuler de l’information, puisse être en soi une façon de décider, de participer, de contrôler et d’agir. Et il y a une inégalité qui peut être terrible si les biens numériques sont les biens de quelques-uns au lieu d’être les biens de tous et si les technologies sont accaparées par ceux qui ont déjà la puissance économique.

Tiphaine de Rocquigny : Voilà. Pour François Hollande c’est à l’État de garantir les biens communs numériques. Est-ce que ce n’est pas quelque peu paradoxal ou en tout cas contraire à l’esprit même du commun, Judith Rochfeld, cette intervention de l’État ?

Judith Rochfeld : Il y a plusieurs esprits du commun. Donc il faut peut-être lui redonner son altérité ; l’Internet était assez libertaire, certes, mais par exemple les théorisations d’Ostrom ne sont pas déliées de l’État. Donc, pour ma part, je n’ai aucun problème à articuler ou à voir des articulations entre communs et État.
Là, la première articulation qui est proposée dans ce discours — et d’ailleurs il a parlé de biens communs et non pas de communs — c’est l’idée de partage, c’est l’idée de soutenir l’idée de partage. Là on abandonne l’idée de gouvernance collective d’une ressource, il parle de l’idée de partage, de mettre des informations, des éléments numérisés en partage.

C’est vrai qu’il y a plusieurs politiques qui sont impulsées actuellement, pour des raisons qui peuvent être très paradoxales, mais je donne un exemple et je m’explique. C'est par exemple une politique d’ouverture des données publiques : j’ouvre mes champs de données, par exemple ma banque de données ouvertes, moi ville de Paris sur les cafés à un euro dans la ville ; ou j’ouvre mes données de circulation, moi ville [moyenne, Note de l'orateur], parce que quelqu’un, sur ce jeu de données, pourra innover et en faire une start-up, une activité économique, etc.
Ce qui est ici paradoxal c’est que cette idée de partage actuellement est extrêmement liée, dans les politiques actuelles, à l’idée d’une innovation activité-économique, moins à l’idée de contribution citoyenne. Mais, elle est quand même mise en avant dans beaucoup de secteurs.
Donc on a cette première idée de mise en avant de certains partages, données publiques par exemple ou encore données scientifiques : les chercheurs s’ils sont financés à 50 % par des fonds publics peuvent décider de mettre un article, le fruit de leur travail, après avoir publié dans une revue, au bout d’un certain temps — six ou 12 mois selon le type de science — sur une archive ouverte à destination de toute la communauté scientifique et citoyenne. L’idée c’est que ça vient de fonds publics et que le partage est important.
Donc on a cette première politique de mise en partage avec des ressorts qui sont parfois loin ou près du commun.

Tiphaine de Rocquigny : Justement où est-ce qu’on en est ? Parce qu’il y avait eu cette tentative que vous citiez tout à l’heure, entre 2014 et 2016, de faire rentrer dans le droit français la notion de domaine public informationnel à l’occasion du débat sur la loi pour une République numérique, mais cette proposition, finalement, ne sera pas portée devant le Parlement. Pourquoi est-ce qu’il y a eu ce blocage ? Est-ce que c’est lié au rôle des lobbies, par exemple, Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : Là, je dirais que c’est le deuxième versant. On a des éléments numériques — encore une fois je ne parlerais pas de communs par exemple pour des œuvres qui sont passées dans le domaine public, c’est-à-dire l’auteur, qui les a exploitées pendant un certain temps, perd ses droits patrimoniaux, ses droits de se rémunérer, l’œuvre passant dans le domaine public — pour lesquelles l’idée était de défendre l’usage de tous contre, par exemple, une réappropriation par une plateforme : je numérise cette œuvre – une partition de musique c’est l’exemple qui a beaucoup circulé – je numérise cette œuvre et le fait de l’avoir numérisée me permet de remettre un droit de propriété intellectuelle dessus. L’idée aurait été de « sacraliser » — le terme n’est pas très bien choisi — mais de marquer le fait qu’une fois que l'œuvre est entrée dans le domaine public, l’usage de tous s’impose et la réappropriation est difficile [impossible, Note de l'orateur].

C’est une idée qui avait aussi été défendue, Sébastien y faisait allusion, devant la Cour suprême américaine : l’idée que ce qui est passé dans le domaine public doit rester dans le domaine public et que les réappropriations par d’autres pour faire, sur ce fondement, des profits ou autres activités, ne seraient pas légitimes.
[Pourquoi elle n'a pas gagné ?, Note de l'orateur] Peut-être effectivement que ce n’était pas encore mûr ; peut-être que la discussion va se poursuivre, mais c’est vrai, pour donner peut-être un fondement plus philosophique au fait que ça n’ait pas marché et avant d’aller vers les lobbies — [qui existent évidemment, Note de l'orateur] mais tout ça est tout à fait conflictuel, tout le monde n’ayant pas les mêmes intérêts, il est inutile de le nier — plus philosophiquement donc on a rarement fait apparaître l'importance de l'inappropriable ; on s’est facilement — et pour de belles raisons philosophiques — habitués à la propriété privée qui, à la Révolution française, a été liée à l’idée de liberté individuelle : « je peux avoir l’usage de mes biens sans passer par quelqu’un d’autre » ; on s’est habitués à cette idée que l’envers de cette propriété, qui serait l’inappropriable, la non-propriété, le statut d’inappropriable, a été occulté. Le domaine public est un bon exemple de l’inappropriable n’a pas de statut.

Tiphaine de Rocquigny : On a donc des blocages qui sont à la fois politiques, économiques, philosophiques, qui expliquent cette difficulté à rendre accessibles ces ressources communes ?

Sébastien Broca : Oui, moi je pense. Judith Rochfeld a très bien présenté les choses. C’est vrai qu’il y a des blocages des deux côtés. Ce qu’il faut dire aussi, vous citiez John Perry Barlow qui est un peu l’emblème, notamment sa Déclaration d’indépendance du cyberespace, de cette idée qui a été très forte dans la culture d’Internet, une forme de libertarianisme même, c’est-à-dire d'une hostilité très franche envers l’État et même envers le droit. Si on relit la Déclaration d’indépendance du cyberespace, John Perry Barlow il dit aux États : « Vous n’avez aucune légitimité à prétendre réguler d’aucune manière que ce soit Internet ». On voit bien que l’histoire lui a donné tort, mais on voit aussi comment il y a ce fonds libertarien qui est très fort.

Il y a aussi, évidemment, des blocages de l’autre côté, du côté de l’État et ce qui est intéressant, me semble-t-il, dans ce que vient dire Judith c’est qu’on voit que l’action de l’État peut être multiforme ; il y a la question du cadre juridique, il y a la question de l’open data, des données publiques ; il y a la question de financer certaines infrastructures ; par exemple il y a un portail qui s’appelle HAL, qui est un portail où les scientifiques peuvent mettre leurs articles en libre accès ; ça c’est financé par de l’argent public si je ne m’abuse, par le CNRS. Donc on a tout ça.
Et puis on a peut-être un dernier versant, qu’on n’a pas encore évoqué, c’est celui de la législation sociale si vous voulez. Par exemple il y a eu quelques propositions ; pour l’instant ce sont des choses qui sont encore un peu embryonnaires mais qui consistent à dire : on pourrait envisager la création d’une forme de droit à la contribution, une forme de droit à la contribution aux communs, un peu sur le modèle, si vous voulez, du droit à la formation. C’est-à-dire que les salariés, voire éventuellement les travailleurs indépendants, pourraient avoir une partie de leur temps qu’ils pourraient consacrer à des projets de communs reconnus d’intérêt général, disons, comme Wikipédia ou d’autres. Il y a plein de pistes.

Tiphaine de Rocquigny : Il y a aussi la question de la protection des données puisque le règlement européen pour la protection des données est entré en vigueur en mai dernier. Est-ce qu’on peut dire qu’en quelque sorte cette loi RGPD [Règlement général pour la protection des données] est venue sanctuariser le caractère commun de ces données ? Est-ce qu’on pourrait le dire comme ça, Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : Je ne le dirais pas comme ça, en tout cas personnellement, parce que les données personnelles ont un statut tout à fait particulier, c’est-à-dire que c’est le reflet de notre identité, de nos comportements sur Internet, [sur les réseaux, Note de l'orateur] : vous naviguez vous êtes enregistré ; vous mettez vos données bancaires, c’est une donnée personnelle, ; on a donc toutes sortes de données personnelles dont je ne dirais pas qu’il faille les ouvrir absolument. Il y a des propositions en ce sens, pour que les données soient communes ; il y a aussi des activités citoyennes ou des volontés de mise en commun par certains citoyens de leurs données, par exemple il y a des communautés de malades qui mettent en commun leurs données de santé afin qu'elles servent le développement d’une recherche, de médicaments, afin que ça serve la connaissance de la maladie. Donc on peut avoir, sur de la donnée personnelle, une mise en commun, mais c’est vrai que c’est un matériau qui est assez spécifique et qui fait que, en raison d'un lien qui peut demeurer avec la personne, mettre en commun toute sa vie privée [ou toute sa navigation, Note de l'orateur] en commun, cela peut poser des difficultés spécifiques.

Tiphaine de Rocquigny : La question, effectivement, des données personnelles a présenté l’État en quelque sorte comme un bastion de la résistance aux géants du web, car il est peut-être le seul à avoir la puissance de le faire. On se retrouve dans cette situation-là aujourd’hui, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Il y a une question d’échelle il me semble ; en tout cas la question se pose de savoir quelle est l’échelle pertinente. Certains vont penser que c’est l’État. Il y a aussi d’autres projets sur les données, je pense par exemple à ce qui se passe à Barcelone où là les choses se passent à l’échelon plutôt municipal. Donc là on va considérer — il y a eu par exemple des écrits de l’essayiste assez connu, Evgeny Morozov, là-dessus — pour défendre l'idée que face justement au pouvoir des GAFAM, l’échelon de résistance pertinent c’était la ville et qu’il faut donc faire des sortes peut-être de communs, en tout cas trouver des formes de gestion partagée ou de gestion commune des données, plutôt à l’échelle d’une ville qu’à l’échelon d’un État. Donc la question de l’échelle, me semble-t-il, n’est pas vraiment tranchée encore.

Tiphaine de Rocquigny : Cette question de comment les pouvoirs publics s’investissent sur le terrain de l’open source et du commun numérique est encore très ouverte. En mai dernier, lors du sommet Tech for Good, l’État a invité des acteurs comme Uber ou Facebook à réfléchir à leur contribution aux biens communs. Alors on a du mal à savoir si l’État, effectivement, se situe plutôt du côté des utilisateurs ou plutôt du côté des géants du Web, Judith Rochfeld ?

Judith Rochfeld : Oui, c’est le paradoxe ou en tout cas l’ambiguïté que je soulignais tout à l’heure. C’est-à-dire que les données ou les informations numérisées, puisqu’on parle de choses très différentes ensemble, peuvent tout à fait servir l’innovation qui est l'une des pistes poursuivies par nos politiques étatiques au même titre ou « en même temps » que des contributions citoyennes, des possibilités de connaissance, des libertés d’expression. On a donc deux versants possibles de politiques, qui ne sont pas toujours antinomiques, mais en tout cas qui, si elles sont réunies, peuvent introduire de l’ambiguïté.

Tiphaine de Rocquigny : Il y avait eu des tentatives de législation dans la directive du 17 novembre 2003 : l’Union européenne mettait à disposition, sans entrave technique ou juridique, des informations publiques des administrations ; néanmoins, à l’heure actuelle, on a l’impression que les communs numériques restent encore en marge du champ juridique. Est-ce que c’est aussi votre impression plus globalement ; on arrive presque au terme de cette émission, peut-être en guise de conclusion, et plus largement, pour revenir aussi sur cette question de la puissance des lobbies plus ou moins puissants, notamment des ayants droit ?

Sébastien Broca : Oui. C’est toujours difficile de conclure. Je pense qu’effectivement on est dans un moment pour les communs où il faut se poser la question des modèles économiques, de la manière dont les communs peuvent fournir aux contributeurs des moyens de subsistance et, dans ce cadre-là, il faut penser effectivement le rôle de la puissance publique et de l’État qui passe à la fois par le fait de créer un cadre juridique qui ne soit en tout cas pas hostile aux communs, qui soit même peut-être favorable. Mais aussi, parfois, peut-être de réfléchir à ce qu’est le travail dans les communs et comment on fait pour permettre à plus de gens de travailler dans les communs et d’en vivre éventuellement.

Tiphaine de Rocquigny : L’objectif peut-être, Judith Rochfeld, ce serait de faire intervenir en dosant les rôles de chacun, les trois grands acteurs que sont l’État, les entreprises et les communautés ?

Judith Rochfeld : Oui, c’est l’idée. Après, comme je le disais tout à l’heure, et comme on l’a vu dans toute la discussion, il y a des conceptions diverses du commun ou des communs, avec plus ou moins d’acceptation des entreprises, plus ou moins d’acceptation de l’État. Le tout s’invente, je dirais, pour chaque catégorie, chaque domaine, de façon différente.
Et il ne faudrait pas oublier l’Union européenne dans ce système parce que c’est peut-être là où elle a des valeurs qui s’affirment sans trop de problèmes. On l’a vu avec le RGPD, les données personnelles ; on le voit sur la neutralité du Net puisqu’on a commencé par Internet-bien public mondial et c’est peut-être là où elle a quelque chose à dire sans trop de difficultés pour le dire.

Tiphaine de Rocquigny : Et on voit aujourd’hui qu’il y a cette réforme du copyright qui est discutée au Parlement de Strasbourg et peut-être que cette réforme illustre, là encore, ce rapport de force entre les GAFA, les géants du Web, et l’État. Une fois de plus on voit que l’Union européenne s’investit, en tout cas dans ce domaine, Sébastien Broca ?

Sébastien Broca : Oui. Comment dire ! Ce qui est compliqué avec cette directive c’est que je ne sais pas très bien de quel côté se situent dans cette histoire, en fait, les partisans des communs. Puisque d’un côté vous avez les ayants droit qui défendent le respect du copyright et donc ces mesures, notamment comme le filtrage des contenus. Clairement ça ne plaît pas aux partisans des communs.
Mais de l’autre côté vous avez les GAFAM qui luttent contre cette directive, avec un certain nombre d’associations, y compris des fondations comme la Mozilla Foundation, qui sont liées aux communs. Mais du coup, si vous voulez, les partisans des communs se retrouvent, en quelque sorte, embarqués dans même bateau que les GAFAM. Donc c’est ça qui est un petit peu compliqué et qui montre bien, comment dire, le caractère un peu contrasté du paysage actuel.

Tiphaine de Rocquigny : Situation particulièrement paradoxale.
Il est 14 h 52, presque 53 et c’est l’heure de retrouver Arjuna Andrade pour les nouvelles de l’éco. Bonjour Arjuna.

Arjuna Andrade : Bonjour Tiphaine. Bonjour à tous.

Tiphaine de Rocquigny : Vous avez choisi, justement, de revenir sur le vote par le Parlement européen de la directive droit d’auteur.

Arjuna Andrade : Effectivement. Exactement comme vous étiez en train d’en parler. Cette directive, adoptée à l’instant par le Parlement européen était, ces derniers jours, sur toutes les lèvres. C’est qu’elle pose la question de la dépendance économique des journaux et rédactions européennes vis-à-vis des géants américains du Net. Et c’est le journaliste Sammy Ketz, directeur du bureau de l’AFP à Bagdad, qui avait lancé l’alerte le 28 août dernier. Dans une tribune au journal Le Monde, le reporter de guerre et lauréat du prix Albert-Londres s’alarmait de la baisse continue du nombre de journalistes sur les terrains de conflit.
Comme l’affirme Sammy Ketz, les médias qui produisent les contenus et envoient leurs journalistes risquer leur vie pour assurer une information fiable, pluraliste et complète pour un coût de plus en plus élevé, ne sont pas ceux qui en tirent les bénéfices.

Tiphaine de Rocquigny : Car cette manne publicitaire est presque entièrement captée par les GAFA.

Arjuna Andrade : Exactement. La presse écrite, qui connaît depuis des années des difficultés, voit ses articles diffusés sur les réseaux sans la moindre contrepartie financière. En 2017, Facebook et Google ont ainsi capté à eux seuls près de 90 % de la publicité sur les smartphones, aujourd’hui premiers dispositifs d’accès aux articles de presse. Or, une partie importante des flux sur ces plateformes est justement générée par ces articles. Ce sont bien les médias et notamment la presse écrite qui produisent du contenu, qui attirent les internautes et qui permettent ensuite aux GAFA de vendre leurs espaces publicitaires à prix d’or.

Tiphaine de Rocquigny : Une situation à laquelle l’Union européenne entendait bien remédier.

Arjuna Andrade : Exactement. Après un rejet en première lecture le 5 juillet dernier [rejet du mandat accordé au rapporteur de la commission JURI, NdT], le Parlement européen a finalement adopté aujourd’hui un projet de directive sur le droit d’auteur qui vise à permettre une meilleure répartition des revenus entre les plateformes internet et les créateurs de contenu.
Concrètement, ce texte entend donner les moyens juridiques aux éditeurs de presse pour leur permettre de négocier des compensations financières contre l’utilisation de leurs contenus.
L’article 11 de ce texte vise ainsi à créer un droit voisin au droit d’auteur pour les éditeurs de presse. Ce droit voisin, donc, serait ainsi un mécanisme complémentaire au droit d’auteur existant, bénéficiant aux éditeurs de presse et non aux journalistes eux-mêmes. Il permettrait de rétablir un partage plus juste de la valeur et de la richesse créée.

Tiphaine de Rocquigny : Un droit qui existe d’ailleurs déjà dans de nombreux autres secteurs.

Arjuna Andrade : Oui exactement. Du cinéma à la musique en passant pas l’édition, le droit voisin est la norme pour rémunérer les entités créatrices. Or la presse continuait de faire figure d’exception, étant soumise à des législations qui datent d’avant l’arrivée des mastodontes du Web. C’est comme si on assistait à la création et à la montée en puissance de la radio et que les différentes chaînes pouvaient diffuser la musique qu’elles voulaient sans avoir à verser un centime aux maisons de disques concernées. L’objectif du droit voisin serait donc de contraindre les GAFA à régler une forme de redevance aux médias à hauteur des contenus publiés sur leurs plateformes.

Tiphaine de Rocquigny : Un deuxième article de cette directive fait cependant polémique, Arjuna.

Arjuna Andrade : Oui, car il entend renforcer le contrôle par ces mêmes plateformes des contenus et de leur conformité avec les droits d’auteur. Or certaines associations ont peur que cela se traduise par un filtrage automatique de tous les contenus, remettant ainsi en cause la liberté du Net.
Ces préoccupations sont compréhensibles et nécessiteront d’ailleurs certainement un ajustement avant l’adoption définitive de la directive ou lors de sa transposition dans le droit français. Elles nous interrogent cependant sur la capacité des géants du numérique à se contorsionner en feignant d’adopter le point de vue d’associations de défense de l’Internet libre au nom de préoccupations purement financières.

Les débats ont ainsi eu lieu dans une campagne de lobbying d’une rare violence, dans un camp comme dans l’autre, et l’on peut saluer, dans le vote du Parlement, la capacité à légiférer pour soutenir l’indépendance des médias européens. Un vote pour le bien commun ; c’est suffisamment rare pour être souligné.

[Pause musicale]

Tiphaine de Rocquigny : On se quitte sur cet hymne du logiciel libre par les Free Fenster.
Merci beaucoup Judith Rochfeld, professeur de droit à Paris 1; je rappelle l’ouvrage que vous avez codirigé Le Dictionnaire des biens communs paru au PUF et aussi À qui profite le clic. Le partage de la valeur à l’ère du numérique chez Odile Jacob, [écrit avec Valérie-Maure Benabou, Note de l'auteur].
Et merci à vous Sébastien Broca, sociologue, maître de conférences à Paris 8 et auteur de Utopie du logiciel libre aux éditions du Passager clandestin et publié récemment en Poche.

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